La famille DOUBLET quitte Saint-Julien 

1941.

Suite de l’épisode précédent… La famille Doublet quitte Saint Julien pour se rapprocher progressivement des Ardennes. René DOUBLET, le fils de Lucien nous en fait le récit.

Le départ pour l’Allier

 « Le transport des marchandises en charrette à cheval était notre seul gagne-pain mais la nourriture pour les animaux était trop chère à Saint Julien. Alors, en mars 1941, mes parents et mes grands parents ont pris la décision de partir dans l’Allier avec notre charrette à cheval que mon père avait abrité avec des bâches. De Nantes à Moulins la route était longue et il faisait froid.

Pendant 3 ans jusqu’en 1944 , nous avons séjourné au château de Chevray  à Chézy (Allier), dans une grande bâtisse très isolée au milieu de nulle part, à quelques encablures de Lusigny « .

Le château de Chevray est un petit manoir, un ancien rendez-vous de chasse.
Ce château était la propriété de la famille Picard du Chambon.

« C’est d’ailleurs aussi à Lusigny que nos  grands parents PEROTIN logeaient, chez un charron-maréchal ferrant, M. Mathieu Dubois ».  

« En 1932, Mathieu Dubois tout en exerçant son métier de maréchal-ferrant, tient  avec son épouse, Fernande Bruneau un café-restaurant situé dans la rue du Commerce ».

A Chézy l’activité de Lucien ne faiblit pas comme le rapporte Aimé DOUBLET, son père, et donc grand-père de René dans sa lettre du 16 août envoyée à ses amis HIVERT de la Guilbaudière.

Comme le relate Aimé dans sa lettre, à Chézy, Lucien s’est spécialisé dans le transport de bois. « Toujours avec notre hippomobile mon père, aidé de Jean, transportait du bois de chauffage ou de l’écorce de chêne vers la ville de Moulins, et ce tous les jours. Mon frère Jean était courageux car il a fallu qu’il se lève tous les jours à 5 heures du matin pour accompagner mon père ».

Jean et Lucien DOUBLET

 « À Chézy nous étions en zone occupée et mon père profitait de son statut de transporteur pour faire traverser la ligne de démarcation clandestinement à des personnes« .

«  A Chezy-Chevray, nous étions plutôt heureux et nous avions de la terre à disposition ; mon père a pu cultiver des légumes. Nous on allait à l’école à pied ».

A Chézy, Yvette
René et Yvette
Les quatre enfants DOUBLET

Aimé, dans sa lettre à la famille Hivert évoque aussi qu’en août 1941, Lucien s’est rendu à Suzanne « pour voir la vie qu’on y mène« .

Là il découvre que la Wirtschaftsoberleitung (W.O.L.), organisme allemand  « a confisqué les meilleures terres agricoles du département des Ardennes pour le compte de la Société Ostland, créée par le ministère du Reich pour le ravitaillement et l’Agriculture«  .

Traces d’Histoire Contemporaine – Paul Burlet

Ces réquisitions, connues sous le programme WOL III, gérées à partir de Mézières, concernent la commune de Suzanne comme 380 communes soit 50 % des terres du département… Au total 129 chefs de culture allemands prennent en charge 8900 fermes ardennaises regroupées en 200 exploitations.

La main d’œuvre initiale se compose de prisonniers de guerre français, des propriétaires eux-mêmes rentrant d’exode, contraints pour certain de devoir cultiver leurs propres terres au profit de l’occupant,  suivis de nombreux ouvriers polonais et environ 600 juifs dont la majorité sera déportée vers les camps d’extermination en janvier 1944.

Archives du département des Ardennes

« Voyant la situation sur place, mon père Lucien est vite revenu à Chézy en faisant attention de ne pas être réquisitionné. Notre famille reviendra à Suzanne seulement à la fin de la guerre ».   


Merci à René DOUBLET pour le récit ainsi que les photos.

Marie-Jeanne et René DOUBLET rencontrés à Carcassonne en janvier 2019.

Merci également à Jean-Clément, Lucette et Jacqueline PRÉAUDEAU pour  la transmission des photos. Les deux familles DOUBLET et  PRÉAUDEAU n’ont cessé de correspondre au fil des années.

Suzanne PRÉAUDEAU (à gauche) avec Paulette l’aînée des enfants DOUBLET et son mari à St Julien en 1997.

6 réflexions sur « La famille DOUBLET quitte Saint-Julien  »

  1. Merci pour ce récit : je découvre l’enfance de mon oncle René. Je ne connaissais pas cet épisode d’exode. C’est vraiment très intéressant et les documents d’archives illustrent bien cette période difficile. Bravo !

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Répondre à NIZET Odile Annuler la réponse.