1962.
Jean Pétard nous raconte l’installation de sa famille au village des Violettes à St Julien, l’essor du maraichage nantais et la création de la coopérative maraichère de la vallée.
Le contexte familial
« Dès notre mariage avec Mimi en mai 1955, nous nous sommes installés au village des Violettes dans la maison des grands parents LUZET, la famille de Mimi. L’oncle de Mimi, Alexandre LUZET, était marié à Joséphine BADEAU et tenait un restaurant au village voisin de La Chebuette.
Mon frère Antoine s’était marié l’année précédente en 1954 et ma sœur Marie en 1953. En 1955 nos parents ont donc fait une donation-partage.
J’ai donc hérité donc des quelques parcelles et quelques arpents de vigne au village des Trois Moulins à côté du bourg de St Julien et à la Sensive à proximité de chez mes parents qui habitaient au village de la Saulzaie à la Chapelle-Basse-Mer.
C’est d’ailleurs là dans la maison de famille de nos parents qu’on aimait se retrouver le dimanche tous ensemble avec les jeunes enfants de chaque couple de la famille. Parfois notre cousin Auguste HIVERT avec sa femme Juliette nous rejoignait.
Au début, dans cette petite exploitation de 3 ha avec quelques prés, avec deux à trois vaches et un cheval, il était difficile pour nous de poursuivre dans la voie de la polyculture-élevage et très vite on s’est dirigé seulement vers la culture des légumes. Il fallait bien trouver une activité rémunératrice car à la fin des années 50, nous avions déjà 3 enfants ».
La vallée après la guerre 39-45
« Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de besoins pressants de nourriture, les agriculteurs de la vallée ont commencé à se réunir pour parler de l’organisation de la production. C’est ainsi qu’est née l’Union des Maraîchers de la Vallée de la Loire, sous l’animation de Théophile Bretonnière, l’instituteur de l’école publique, devenu maire de Saint-Julien-de-Concelles après la guerre.
Ce dernier a proposé des cours aux agriculteurs, issus de familles paysannes mais sans aucune formation professionnelle, sur les questions de production et de rendement. D’ailleurs sa monographie de 1935 sur une exploitation modèle de la vallée « Le domaine des Chaintres » appartenant à Eugène Berthelot constitue un travail remarquable. »
« Après la guerre les exploitations de la vallée ont pris le virage du maraîchage avec quelques leaders de St Julien comme Alexandre VIAUD du Haut-Chaussin, Germain PLACIER de la Chebuette, Henri JOUSSEAUME de la Pierre percée de la Chapelle Basse-Mer. Ils faisaient déjà le marché à Nantes. Il y avait aussi Georges VIVANT le spécialiste du tabac.
La vallée connaissait à cette époque des problèmes d’eau qui nécessitaient un aménagement hydraulique afin d’assainir les terres. En 1955, l’association syndicale des maraîchers de la Divatte a entrepris de grands travaux afin d’améliorer le drainage des eaux gravitaires par le creusement de profonds fossés ».

« Très vite s’est posée la problématique de la qualité de l’eau et du pompage dans la Loire. Pour arroser les légumes nous avons d’abord fait des forages mais l’eau était ferrugineuse et ça tachait les légumes. On était obligé de mettre une pointe au niveau de la pompe !
En 1960, le Syndicat d’adduction d’eau et d’irrigation de la vallée a fait des gros travaux d’aménagements en pompant l’eau de la Loire et en développant un vaste réseau d’irrigation. Grâce à ces travaux, près de 2000 hectares ont ainsi été irrigués ».
La création de la coopérative maraichère
« Dans les années 60, les cultures dominantes dans la vallée c’était le céleri-branche, le poireau, la tomate, la laitue, l’asperge. Puis est venue la carotte.
Au début des années 60 en tant que petit producteur, nous n’avions pas les moyens de nous défendre, ni de peser sur les prix. On passait par des commissionnaires du pays qui expédiaient la production vers la région parisienne ou qui alimentaient le marché de Nantes au marché de gros de l’époque « Le Champ de Mars ».
Très vite nous est venue l’idée de créer un outil de gestion commun de mise en marché de nos légumes. J’ai participé avec une cinquantaine de producteurs à une première réunion à la mairie de La Chapelle Basse-Mer à la fin de l’année 1961. La coopérative fut créée peu de temps après, le 1 mars 1962.
Quarante et un producteurs décidèrent de se lancer autour de leaders reconnus dans la vallée comme Paul BOUYER et Claude HIVERT de La Chapelle Basse Mer, de Louis MOSTEAU, Frédéric PRAUD et André BREGEON de St Julien.
Certains n’ont pas voulu y adhérer… l’apport total de la production de l’exploitation qu’exigeaient les principes coopératifs, tout le monde n’y était pas prêt !
Nous avons démarré avec un capital de 3 millions de francs, après avoir reçu la promesse de créer une station de conditionnement à la Pinsonnière à La Chapelle-Basse-Mer à proximité des ponts de Mauves pour faciliter le flux des marchandises. »
« Au début tout ne fut pas facile et les journaux de l’époque s’en sont fait l’écho »
« Le président Paul Bouyer et les autres membres du bureau de la coopérative ont dû faire face à de nombreux obstacles. Au point de vue de la commercialisation il a fallu créer une marque, assurer la qualité des envois, sélectionner les produits, homogénéiser les lots, standardiser les emballages… »
« Puis devant la hausse de la production il a fallu trouver des débouchés plus importants. Le démarrage fut difficile. La coopérative se heurta aux mandataires locaux qui cassaient les prix mais l’équipe d’administrateurs restait très soudée et réussit à vaincre toutes ces difficultés.
Puis très vite la coopérative s’est développée et est passée deux ans plus tard à 64 adhérents. Elle a su peu à peu trouver des marchés, bien au-delà de la région parisienne, sur l’ensemble du territoire national. »
« Puis le Marché Commun naissant nous a apporté d’autres débouchés au-delà de nos frontières nationales. Déjà en 1967 le boum de la production de carottes avec ses 2 millions de tonnes passées par la coopérative boostait nos exportations ».
« Cette même année 1967, on a commencé à parler remembrement dans la vallée. Cette restructuration foncière, qui a débuté à la fin des années 60, a permis certes une amélioration des conditions de production propice à la mécanisation mais a marqué aussi le début de la course à l’agrandissement des exploitations restées jusqu’ici familiales … »
Jean, après avoir été administrateur de la coopérative en 1965, en est devenu le président pendant plusieurs années au cours des années 1970.
Merci et Jean et Mimi de m’avoir accueilli plusieurs fois lors de l’année 2021 pour me faire partager leurs souvenirs racontés ici.






