En cette fin d’année 1955, ont lieu les fiançailles de Juliette RACINE et d’Auguste HIVERT. Le repas se déroule dans la maison des parents de Juliette à Nort sur Erdre. Au fil des mois Auguste a appris à connaitre cette famille d’artisans. Vie agricole pour l’un, fille d’artisan de bourg pour l’autre, un monde sépare Auguste et Juliette ! Yves, le dernier enfant de la fratrie RACINE, évoque les souvenirs de cette journée, de la maison de Nort et de sa rencontre avec Auguste.


« A table lors du repas de famille, entourant les fiancés étaient présents, Jean et Juliette Racine, mes parents, le père d’Auguste, Clément, Maryvonne ma sœur âgée alors de 20 ans, Jean 17 ans, Alain 13 ans et moi qui avais seulement 5 ans.
Était invité également à partager le repas, Jacques BOURCIER, frère Romuald en religion. C’est lui qui a assuré la bénédiction du couple lors des fiançailles. Romuald, capucin de la rue Noire à Nantes, était un cousin germain de papa, fils de tante Anne, la sœur de mon grand-père Jean-Baptiste RACINE, mariée à Joseph BOURCIER. « »«


Autour de la table le jour des fiançailles à Nort. Au verso de la photo de droite Juliette a écrit : « J’aime nos yeux, Jacques a dû dire quelque chose de surprenant. »
» Les photos de fiançailles ont été prises dans le jardin de Pierre Bernard qui habitait à côté de la maison de nos parents. Pierre BERNARD avait un vaste jardin. Il était sabotier et chantre. Une personne très affable qui nous laissait passer dans son jardin pour aller à l’école Saint Michel contiguë à sa propriété. «



Auguste et Juliette dans le jardin de Pierre Bernard à Nort sur Erdre
Auguste
« Auguste est venu à la maison dès 1954 avec sa mobylette grise. Puis l’année suivante il a acheté une Vespa. »

« Cette même année 1954, malgré mes 4 ans, je me souviens avoir raccompagné Auguste, un soir, avec la famille, de Nort à St Julien de Concelles avec la 4 CV du garage. Sans doute inquiet, je n’ai pas quitté des yeux le petit feu arrière de la mobylette que nous suivions… C’est la première fois qu’on se rendait à La Guilbaudière ! Auguste venait ensuite régulièrement à Nort. Je me souviens que c’est sur ses épaules que j’ai descendu les escaliers lors de l’aménagement au rez-de-chaussée de la maison du 28 rue Aristide Briand à la fin de l’année 1954. «

La maison des « Julienne »
« En 1954, mes parents qui occupaient une grande partie de l’étage de cette maison, venaient de descendre au rez-de-chaussée. Cette année-là ils ont repris l’ensemble de la propriété de cette grande bâtisse du centre bourg. Cette maison dite de rapport appartenait à l’abbé JULIENNE, frère de Marie JULIENNE chez qui Juliette VASSAL, ma maman, avait fait son apprentissage de modiste.
L’acquisition de la maison au curé JULIENNE s’est faite en viager ! Mon père Jean n’a pas fait une bonne affaire avec ce loyer indexé sur le cours du blé… En plus le curé JULIENNE s’est éteint à plus de 90ans. «

« A l’origine, cette vaste maison se composait 4 appartements de 3 pièces en enfilade, une cuisine et deux chambres séparées par un grand couloir en haut comme en bas. Le tout surplombé par un grenier qui occupait toute la surface du 3ème niveau sous les toits. Chaque locataire disposait ainsi d’une chambre mansardée et d’un caveau. En plus chaque locataire avait un quart de jardin à sa disposition auquel on accédait directement par une passerelle à l’étage. Cette passerelle a disparu en 1956 avec la création de la terrasse latérale. »

Jean, et Juliette

« On était loin d’un grand confort à l’époque, sans salle de bains avec des WC dans le fond du jardin. Dans les chambres, le seul système de chauffage était le poêle qui n’était pas souvent allumé. L’hiver, dans les lits, on mettait des briques préalablement chauffées dans le four de la cuisinière à charbon puis enveloppées dans du papier journal. «
Une famille d’artisans de centre bourg
« Jean Racine, mon père était l’aîné de 6 enfants. Son père, mon grand-père Jean-Baptiste RACINE marié à Elisabeth BAUDOUIN en 1908, était passionné par les nouvelles technologies et par la fée électricité. Il correspondait régulièrement avec des ingénieurs. C’était un artisan très en vue dans le bourg. Il fut tour à tour président du Conseil de fabrique de la paroisse et de la caisse rurale. »

« Charron de métier dans l’entreprise Peigné, notre grand-père Racine a emprunté pour créer un garage dans les années 1910. L’appel aux banques était rare pour l’époque en milieu rural ! Le garage faisait de la réparation automobile certes mais aussi des cycles de Dion et, un peu plus tard, proposait un service d’électricité générale. «

« Jean-Baptiste a tenu à ce que ses deux fils, Jean et Paul, suivent cette même voie. Jean, sitôt le certificat d’étude est parti en apprentissage à Rennes pour la partie électrique et radio alors que Paul s’est formé en mécanique. «

« Plus tard Jean, tout juste marié à Juliette VASSAL en 1933, a voulu voler de ses propres ailes et a repris un garage automobile à Pontchâteau… mais ça n’a pas duré longtemps. Jean a pris « le bouillon » contraint semble-t-il par un loyer élevé. Juliette souffrait aussi de l’éloignement familial. Ils sont revenus à Nort sur Erdre en 1935 avec une petite fille prénommée Juliette, votre maman, née le 11 novembre 1933. »


« A son retour Juliette, ma maman, a voulu exercer à nouveau son métier de modiste. Elle s’installa rue des Halles à côté de chez Gaston LOIZEIL. Perfectionniste elle passait un temps fou à confectionner les chapeaux. Elle se levait même la nuit pour finir son travail. N’ayant pas vraiment la bosse du commerce, le prix demandé aux clients ne permettait pas que l’activité perdure. Les moules à chapeaux de toutes sortes ont longtemps occupé le grenier de Nort… »

« Dans les années d’après-guerre, la gestion de l’entreprise familiale passe aux deux fils Jean et Paul ; Jean devient gérant de la société Racine et gère le pôle électricité générale tandis que Paul conduit la partie mécanique. »

» Malgré cette aisance apparente, il y avait peu d’argent à la maison. Cependant nous bénéficiions de quelques aides extérieures. Alphonse COUEDEL le jardinier était payé en partie avec des bouteilles de vin rouge (il s’est dit à ce propos que maman les coupait d’un peu d’eau…) et Jeanne POUPART aidait maman à la confection de nos habits. «
Merci à Yves pour son récit.
Yves sur la vespa avec Auguste et Juliette le jour des fiançailles.

Bel article ! On se représente bien les moments de vie grâce aux commentaires très imagés donnés par Yves. Et les photos participent aussi à se projeter. Il y a plusieurs belles photos que je connaissais pas..
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Merci beaucoup Marion pour ta lecture attentive et tes commentaires.
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