Juliette Racine et la J.A.C.F.

1955.

En 1955, notre père, Auguste HIVERT, est très engagé à la JAC. Mais c’est aussi l’année où il s’intéresse de près à celle qui allait devenir notre maman : Juliette Racine. Comme bon nombre de couples de l’époque, ils se sont connus à la JAC, la Jeunesse Agricole Chrétienne. Voici ce que nous savons de l’histoire de leur rencontre.   

Juliette Racine est une fille d’artisans de Nort sur Erdre. En 1947, dès ses 14 ans, elle est employée de bureau au garage automobile « Racine Frères » tenu par son père Jean et son oncle Paul. A 19 ans elle entre peu à peu dans le mouvement de la JACF en 1952, par l’intermédiaire de sa sœur, Maryvonne, de deux ans sa cadette. 

A cette époque les garçons de la JAC et les filles réunies au sein de la JACF menaient leurs activités et rassemblements séparément même s’ils se retrouvaient ensemble lors de certaines manifestations, comme le rassemblement de Blain en mai 1954 où vraisemblablement Auguste et Juliette se sont croisés et ont peut-être fait connaissance. A- t-il alors été séduit par la détermination de cette jeune Jaciste prenant la parole devant des milliers de congressistes ?

A Nort-sur-Erdre les filles du bourg se réunissent d’abord entre elles. Elles évoquent leurs conditions de vie et de travail et se retrouvent pour des temps de spiritualité avec l’aumônier.

L’équipe de la JACF de Nort-sur–Erdre.  Juliette est la dernière sur la gauche, sa sœur Maryvonne en blanc est au centre du 3ème rang On y reconnait aussi Anne Racine leur cousine germaine fille de leur oncle Paul, Monique Tiger, de la Bricaudière, cousine aussi.

En 1953, Juliette rejoint l’équipe départementale de la JACF de la Loire-Inférieure : « Elle était responsable fédérale de la section artisane et commerçante en 1953-1954, j’ai pris sa suite en 1955 » raconte Mado PRAUD, son amie de St Julien.

« Autour de Marie HÉCAUD de Blain, la responsable fédérale, nous étions 8 filles, chacune animatrice d’une commission : adolescents, presse, loisirs, artisanes, agricoles, branches enfance et ainée, c’est là que j’ai rencontré Juliette », ajoute Denise BOURGOIN du Loroux-Bottereau. 

Entre filles des bourgs, elles organisent des rencontres, des formations, des camps pour parler de leurs conditions de vie, de leurs aspirations…       

L’équipe « artisanes et commerçantes » de la JACF du département devant l’Eglise de Vouvant en Vendée en 1954

« L’abbé Colas, aumônier fédéral de la JACF nous encadrait », se souvient Mado.

Mado au premier plan avec L’abbé Colas. Marguerite Bouyer « Guiguite » du Loroux-Bottereau est la première à gauche.

Au fil des mois Juliette classe par catégories les nombreuses réunions auxquelles elle assiste ou anime : journées de formation, carrefour loisirs, comité fédéral, retraites, cercles d’étude et cours doctrinaux…

En 1955, Juliette prend la responsabilité « loisirs » au niveau fédéral.  C’est là qu’elle côtoie, Auguste Hivert, son homologue de la JAC.

Dans ce cadre, des sessions de formation sont organisées afin que les filles s’ouvrent plus à la culture, prennent en main leurs activités de loisirs.

Rassemblement lors d’une session loisirs. Juliette est en haut à droite

Notes de synthèse de Juliette sur les réunions  » loisirs » en 1955.

Des camps de vacances sont organisés. Mado se souvient : « En 1955 on est parti en camp JACF à Lourdes et à San Sébastien en Espagne… avec des filles du Loroux qui travaillaient dans l’usine de chaussures pour compléter le car. Il a eu un « scandale à Lourdes » car certaines filles du Loroux se sont échappées de l’hôtel pour aller le soir en boite de nuit. Le père Colas était « sens dessus dessous… »

Le camp JACF de 1955 devant l’hôtel à Lourdes
Juliette et Mado à Lourdes (à gauche) et à San Sébastien

« A cette époque Juliette avait eu des avances d’Auguste » se souvient Mado, « ce garçon disait-elle me plait beaucoup mais je ne suis pas sûre d’être capable d’assumer mon rôle au sein de l’exploitation, les vaches tout cela… — car c’était avant tout une fille de bourg ! »

Au mois de septembre Juliette envoie alors une longue lettre à Maryvonne LEFEUVRE et à ses amies JACF du Sud-Loire et évoque un séjour chez Jeannette REULIER elle aussi responsable loisirs JACF en Maine et Loire. 

Même si Juliette ne l’évoque pas vraiment dans son courrier, ce stage avait pour objectif pour elle de se familiariser avec l’univers agricole et voir ainsi si elle avait la capacité d’épouser un agriculteur… « Juliette est arrivée chez nous, sur la ferme de GRUETTE à Thouarcé en Maine et Loire le 4 septembre 1955 » nous a confié Jeannette REULIER-GAIGNARD qui ajoute : « Le mariage d’une fille de la ville avec un paysan n’était pas monnaie courante. Alors il a fallu qu’elle fasse un stage chez nous pour se décider. Il n’y avait pas de toilette ni de salle de bains dans la maison. Mes parents m’ont même dit que ce n’était pas possible qu’une fille de la ville vienne à l’agriculture ! »

La ferme de Gruette à Thouarcé

« Juliette avait pris le train puis un car jusqu’à Chavagnes et je suis allée la chercher à vélo ! On se connaissait bien car on se rencontrait souvent dans des réunions régionales »

La famille Reulier devant la ferme de Gruette.

« Chaque matin elle trayait les vaches avec nous. Au début on lui avait donné la vache la plus docile ! »

Juliette à la sortie de l’étable de la ferme de Gruette

« Juliette avait une réelle joie de vivre et se prêtait bien aux travaux des champs… On faisait le tri des haricots et on échangeait avec Odette Goupil, responsable fédérale du Maine et Loire… »

Jeannette, Juliette et Odette
Juliette, la sœur de Jeannette et Jeannette

Le stage a-t-il été bénéfique ? Toujours est-il que quelques mois plus tard les deux responsables fédéraux loisirs signaient ensemble une lettre de recommandations aux délégués cantonaux.


« Chez nous, à Thouarcé en Maine et Loire nous étions sur une petite exploitation avec 9 enfants.

Quand je me suis mariée en 1958 on s’est installé sur la ferme des beaux parents, les GAIGNARD. On est restés ensuite un an mais on ne pouvait pas vivre à deux foyers sur place !

Alors, en 1960, on a profité du dispositif des « migrations rurales » pour aller dans le Tarn. On était un peu en concurrence avec les rapatriés d’Algérie qui eux aussi bénéficiaient d’aides au retour !

C’était une aventure ! On était stagiaire de la formation professionnelle pendant un an et on a bénéficié de la prime de déménagement, des prêts à taux bonifiés et de la comptabilité gratuite.

 Pendant 9 ans on a été sur une exploitation en fermage à côté de CASTRES puis on s’est installé à PUYCELSI sur une propriété de 70 ha où l’on a fait des élevages de brebis, des volailles et des cultures.

Avec mon mari j’ai eu 8 enfants.

En août 1967, quinze jours avant leur décès qui nous a tous accablés, Auguste et Juliette sont passés nous voir dans le Tarn car on était restés très amis toutes ces années malgré la distance. »  

Merci à Jeanne REULIER-GAIGNARD de nous avoir reçu en Maine et Loire en février 2017 puis à Puycelsi dans le Tarn en août 2018. 

Jeannette et sa sœur en février 2017

3 réflexions sur « Juliette Racine et la J.A.C.F. »

  1. Michel, c’est toujours un plaisir de découvrir ces belles tranches de vie. A travers elles, nous découvrons la vie de celles et ceux qui nous ont précédés. C’est parfois un peu notre histoire.

    Merci Michel

    Nicole

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  2. Étonnantes et si modernes ces métaréflexions de Juliette sur leur travail et leurs loisirs… Elle recense avec minutie les commentaires de chacune et rédige des rapports précis d’observation et de recommandation, c’est un travail de scientifique !

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