Le décès de Gabrielle

1948.

« Le dimanche 14 novembre peu avant son décès, nous étions invités chez tonton Clément et tante Gabrielle » se rappelle Marie PÉTARD-BOUYER, sa nièce.

Gabrielle Hivert-Pétard

 « Mon frère Antoine était revenu en permission de son service militaire et on souhaitait fêter son retour en famille. Dans l’après-midi Gabrielle s’est sentie très fatiguée et s’est couchée. Elle a fait un malaise et avec Clément ils sont tout de suite partis à Nantes rencontrer le docteur AUVIGNE… à la clinique qui se trouvait juste en face le lycée Clémenceau » ajoute Marie.

En effet depuis le jeudi 11 juin 1931, Gabrielle a été opérée d’un rein défectueux et ne vivait qu’avec un seul rein.

La dernière analyse rénale faite dès l’entrée à la clinique n’était pas bonne et ne laissait aucun doute sur l’issue fatale. « Une survie de 18 ans c’est déjà beau lui a dit le médecin AUVIGNE qui la suivait car, à l’époque, il n’y avait pas de greffe de rein » ajoute Marie.

Revenue à Saint-Julien le 16 novembre Gabrielle décèdera dans la nuit du mercredi 17 novembre à 3 heures du matin, chez elle à la Guilbaudière entourée de Clément et d’Auguste.

C’est Joseph BAGRIN, ami et voisin du village de la Crétinière, venu veiller le corps dès les premières heures de la matinée, qui accompagnera Clément à la mairie pour effectuer la déclaration de décès. 

Joseph BAGRIN et l’acte de décès de Gabrielle du 17 novembre 48 – ADLA

Les jours suivants, les lettres affluent à la Guilbaudière dont celle de son amie de toujours, Marie Gouy, reçue dès le vendredi suivant.

A peine deux ans après la mort de sa maman, Auguste, notre père, et seul enfant de Gabrielle alors au service national à Thionville envoie cette lettre à son papa Clément le 1er novembre 1950.

« Mercredi 1er novembre,

Mon cher papa,

Pour être un peu tranquille et pour penser un peu en paix aux vivants et aux morts, je suis monté tout seul dans mon grenier, un grand grenier froid et qui n’est pas un mauvais cadre au recueillement et aux souvenirs.

Je pense à toi ce soir où tu reviens tristement, seul, de prier sur une tombe qui, je le sais, t’est très chère. Tu souffres sans doute beaucoup à cet instant et je ne sais quel courage magnifique t’empêche de pleurer.

Il y a très exactement un an, je me souviens très bien que je pleurais en t’écrivant à Aucaleuc. Et ce soir encore, les larmes me viennent aux yeux. Cette terre où sans trop nous en rendre compte nous avons été si heureux nous voit aujourd’hui tristes, désemparés… Et je pense aux journées terribles que nous avons vécues ensemble il y a deux ans.

Maman ! pourquoi est-ce que ce soir j’écris ce nom sur le papier ? Mais c’est tout ce que je peux écrire parce que ce nom-là résume tout… Oui, tant d’amour que j’avais pour elle, toute sa bonté, tout son dévouement… 

Je me rends bien compte de ce que j’ai perdu. Je me représente les lettres que j’aurais reçues ici, les lettres pleines d’affection, de foi, de recommandations éclairées qu’elle m’aurait envoyées.

 Mais vois-tu maman. Je ne veux pas que ta mort soit un échec. Je veux qu’elle serve à me diriger, à m’éclairer. Je veux suivre la ligne de conduite que tu m’as tracée. Je veux que ton souvenir me guide dans le choix d’une jeune fille, dans une idée à poursuivre, dans un apostolat à entreprendre.

 Maman, je ne sais si tu étais meilleure ou plus dévouée qu’une autre maman, mais tu étais ma maman à moi et tu m’as donné beaucoup de ta vie pour moi. Aide-moi à ton tour à donner ma vie aux autres, à moins penser à mon plaisir personnel ! Donne-moi un idéal pareil au tien ! Une bonté, une sensibilité comme toi seule en avait. Maman, aide-moi je ne suis qu’un pauvre petit homme perdu dans un milieu infect. Maman, pense aussi à papa. Lui aussi, il est seul redonne-lui confiance, il souffre encore beaucoup plus que moi. Panse nos plaies Maman. 

Maman, Papa, je vous unis ce soir dans la même pensée et puisque le bonheur terrestre nous est enlevé, prions pour acquérir le bonheur éternel.

Au revoir Papa, au revoir Maman

Votre fils, Auguste » 

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