La fin de la Seigneurie du Gué au Voyer

1798. Julien Pétard et Joseph Hyvert font le bilan de la révolution…

Dès le début de l’année 1798, les autorités cantonales demandent  que l’ensemble de la population régularise à l’état civil de la mairie les mariages, naissances et décès, démarche obligatoire normalement depuis le décret du 27 novembre 1793.  

Registre des naissances St Julien de Concelles de l’an 6 Archives départementales 44

Le 17 pluviôse de l’an 6 de la république, le 5 février 1798, le fils ainé de Joseph Hyvert, René marié à Marie Jeanne Pétard du Plessis-Glain demande à ce que Julien et René Pétard l’accompagnent comme témoins afin d’acter civilement, en mairie, son mariage, conclu deux ans plus tôt dans la clandestinité.

Registre de Saint-Julien-de-Concelles, an VI Archives départementales 44

La veille c’est Joseph Hyvert qui est présent à la mairie de St Julien pour certifier civilement de la naissance de Jean, le dernier fils de Françoise Peigné et de Julien Pétard.    

Registre de Saint-Julien-de-Concelles, an VI, Archives départementales 44

Jean est l’arrière grand père  commun de Gabrielle et Jean Marie Pétard et Clément Hivert, nos grands-parents.

Julien Pétard a effet tenu à ce que son ami Joseph HYVERT soit présent comme témoin ce 4 février 1798.  Cet acte symbolique scelle l’amitié durable entre les deux familles au fil des décennies qui suivront.

Joseph et Julien, petit à petit sont devenus proches. En cet hiver 1798 ils ont évoqué ensemble cette guerre qui a décimé tant de familles sur l’ensemble du canton, créée des jalousies et des haines tenaces au sein même des familles. Partisans tous deux de l’ordre d’avant la révolution, ils se sont bien gardés tout de même de participer activement aux guerres de Vendée.

Julien a été bouleversé par les tueries des colonnes infernales ordonnées par Cordelier. Réfugié pendant plus de trois semaines avec sa famille dans des abris de fortune, sur l’Ile Verdon, à l’entrée des marais de Goulaine en ce mois de mars 1794, il a échappé aux massacres.

De retour de leur exil, quelques jours après, ils ont rapidement enterré les morts. L’église et de nombreuses maisons du bourg ont été incendiées. De même, le château du Gué au Voyer, à peine terminé, n’a pas échappé aux flammes en cette nuit du 25 mars 1794. Julien fait le récit à Joseph de la fin de la seigneurie du Gué-au-Voyer et de la Séneschalière, de la fuite de la famille vers Nantes… ou l’exil.

La fin de la seigneurie du Gué-au-Voyer et de la Séneschalière

En 1792 Madame la baronne Antoinette DAMIENS de CHAMPDENIER ne sent pas en sécurité à St Julien. Elle rejoint sa maison de Nantes, rue Félix, près du château.

Plan de la Ville de Nantes Colon 1795- Bibliothèque nationale de France
Rue Félix en 1792

Les enfants DAMIENS de CHAMPDENIER

  • Jeanne Marie Madeleine DAMIENS de CHAMPDENIER (1765) mariée en 1781 avec le Chevalier François Sébastien DE KERGUS, seigneur de KERESTANG
  • Marie Magdeleine DAMIENS de CHAMPDENIER (1759) mariée en 1778 à Louis-joseph DEVAY de LA FLEURIAIS
  • Marie Victoire née DAMIENS de CHAMPDENIER (1761) mariée en 1779 avec Jacques de COMBLES
  • Louis Jean-Baptiste Nicolas DAMIENS de CHAMPDENIER (1769) marié en 1793 à Anne Marie Françoise BRAMMERTZ
  • Aimée Françoise DE CHANDENIER (1774) mariée avec Louis DEVAY en 1794

Cette année là, l’an I de la république, ses trois filles ainées sont mariées. Son fils Louis Jean-Baptiste, son fils est parti trois ans auparavant, âgé de 19 ans, pour Aix La Chapelle. Comme le rapporte le notaire de la ville « il est arrivé au mois de mai 1788 ayant une jambe percluse suite à une fracture. Le dit Veling, médecin, l’a traité pendant le séjour sur la commune et lui a ordonné les bains et les eaux thermales de la ville[1]. En 1793 il est rentré en mariage avec la citoyenne Anne-Marie Françoise Brammertz,  fille de Joseph Brammertz, un bourgeois de la ville ».

Lettre justificative du notaire d’Aix la Chapelle sur les faits et dates concernant Louis Jean-Baptiste de Chandenier

Certificat de mariage du 21 décembre 1793

Archives nationales – F/7 Police générale – Emigrés : Demandes de radiation de la liste et de mainlevée de séquestre, France. Bureau des Émigrés (1792-1805) CHANDENIER, Louis Jean Baptiste Nicolas Damien

En 1793, les relations se tendent entre la baronne de Champdenier et la dernière de ses filles, mineure, qui souhaite se marier. Le 3 août, le 16 thermidor de l’an 1, Aimée- Françoise âgée d’à peine 19 ans, sollicite le tribunal civil pour avoir gain de cause…

Archives départementales de Loire-Atlantique L 1432 Livre des audiences du samedi contenant les jugements civils relatifs aux licitations, aux baux et ventes judiciaires et aux affaires suivantes : demande en émancipation d’Aimée-Françoise Damien de Chandenier contre sa mère (3 août 1793) 

Est-ce cela qui a éveillé les juges ? Toujours est-il que peu de temps après, la veuve de Chandenier, alors âgée de 56 ans, est jetée en prison. Elle est accusée par les tribunaux révolutionnaires nantais d’être « ex-noble et mère d’émigré ». Le 6 Nivôse de l’an 2, le 26 décembre 1793, elle est condamnée à être « envoyée à la grande prison de l’Entrepôt et noyée ».

Représentation de l’ancien entrepôt des cafés réalisée par Perrin, Archives de Nantes

Julien Pétard pensait que la baronne, comme bien d’autres prisonniers nantais, avait été noyée. Or le Maire de St julien, Julien Sécher, l’année suivante, abonné à la revue des annales patriotiques et littéraires,  lui en a lu un extrait rapportant qu’elle est morte sur le pont de la galiote hollandaise.

Extrait des annales patriotiques et littéraires  du 29 octobre 1794, BNF

Des faits corroborés ensuite par des récits sur les noyades dans la Loire de Nantes ordonnées par  Jean-Baptiste Carrier. Selon Griault[2], matelot de la douane, concierge d’une galiote «le 7 nivôse,  on m’amena au moins 300 femmes avec des enfants de quatre à cinq 5 mois et même des plus jeunes… Toutes les victimes furent transférées dans un autre bateau où elles furent déshabillées les mains attachées derrière le dos. Ces femmes et ces enfants furent noyés le soir excepté la veuve Chandenier, morte sur la galiote au moment où elle allait être transférée ailleurs…

Mais ce n’est que le 26 nivôse de l’an II, le 15 janvier 1794,  que l’acte de décès sera enregistré  à la section de la liberté.

Archives Nantes 17ème et 18ème section dite de Voltaire et Brutus[3]

Finalement le 12 avril 1794, Aimée Françoise CHANDENIER  s’est bien mariée avec Louis DEVAY en présence de 5 témoins, or du cercle familial à l’exception d’un cousin Devay.

Archives Etat civil Nantes décès an II Voltaire et Brutus
… Sont comparus Louis Devay,  âgé de 32 ans, fils de Louis Marie Joseph Devay et Marguerite Perrine Chambourg né en la commune de Touvois, district de Machecoul, en ce département est domicilié en cette municipalité section Marat d’une part, et Aimée Françoise Antoinette Damien âgée de 19 ans fille mineure des Feus Nicolas Jean Damien et Antoinette Marie Rousseau en la commune de Saint-Julien de Concelles, district de Clisson en ce département et domicilié en cette municipalité section sans culotte… Cinq ans auparavant l’acte de mariage aurait fait mention du  fils de Louis Marie Joseph De Vay, Chevalier des brosses, capitaine d’infanterie au régiment du Lyonnais, chevalier de l’ordre militaire de St Louis et Dame Marguerite Perrayne de Chambourg, et Aimée Françoise Antoinette Damiens de Champdenier, fille mineure de feu Nicolas Jean Damiens de Champdenier et Antoinette Marie Rouxeau de Fontenelle…

Pendant ce temps, les autres enfants Chandenier et les gendres sont également poursuivis, accusés presque tous d’être des émigrés. Comme leur mère auparavant, le 15 prairial de l’an III, (3 juin 1795), leurs biens sont confisqués et mis en vente comme biens nationaux. Ils sont bannis à perpétuité du territoire de la République. S’ils devaient rentrer en France, ils seraient alors condamnés à mort après jugement du tribunal criminel départemental.

Liste des Émigrés pour cause révolutionnaire du département de Loire-inférieure

Louis-joseph DEVAY de LA FLEURIAIS marié à St Julien à Marie Magdeleine de CHANDENIER n’émigrera pas, mais il fut, avec son frère,  dénoncé au comité révolutionnaire pour leur « inertie criminelle »[4]. Détenus à la prison du Bouffay, il feront partie des 132 nantais qui, le 6 thermidor an II, 24 juillet 1794, prennent la route de Paris pour y être jugés.

Seul Jacques de COMBLES marié à Marie Victoire de CHAMPDENIER a pu faire reconnaitre son activité de commerçant par le comité de salut public fin 1794.

Renonçant à son statut de noble, il a pu être réhabilité et récupérer ainsi ses biens. 

Recueil des actes du Comité de salut public, avec la correspondance officielle des représentants en mission et le registre du conseil exécutif provisoire. Tome 18 / publié par F.-A. Aulard  

1799. Joseph et Julien se retrouvent à plusieurs reprises lors de l’année 1799, au Plessis-Glain à Saint Julien, en particulier au moment de la naissance de Jeanne Hivert, le 24 août 1799, la fille de Marie Jeanne Pétard et de René Hyvert.

A cette occasion, Joseph demande à Julien ce qu’est devenu, Louis Jean Baptiste de CHANDENIER, le baron de Gué Au Voyer. Julien lui raconte que celui-ci n’a pu entrer en France en 1796 et est finalement parti à St Domingue sur les terres de son père. De santé fragile il y décède en juin 1798. Par contre les habitants de St julien ont appris à connaitre sa femme Françoise Brammertz venue récemment d’Aix La Chapelle pour récupérer et gérer le patrimoine familial[5] et habiter avec une domestique et ses deux enfants dans le manoir de Basse Rivière à St Julien.

La Baronne n’aura de cesse de réhabiliter l’honneur de son mari et de récupérer en partie les biens du patrimoine familial. 

Archives nationales – F/7 Police générale – Emigrés : Demandes de radiation de la liste et de mainlevée de séquestre, France. Bureau des Émigrés (1792-1805) CHANDENIER, Louis Jean Baptiste Nicolas Damien

La dite Veuve de Louis Jean Nicolas Damien Chandenier (décédé à l’île de Saint-Domingue au mois de juin 1798 et porté sur la liste des émigrés à Nantes, département de Loire inférieure en 3 de la République sous le nom de Damien Chandenier)…

« Réclame sous les auspices de la loi bienfaisante que le nom de son mari soit rayé de la liste des émigrés comme étant sorti de France pour des raisons d’infirmités avant le 14 juillet 1789 pour prendre les eaux d’Aix-la-Chapelle…. »

«  Réclame encore que sur l’inscription de feu son mari sur la liste des émigrés a fait apposer le séquestre sur ses biens, ce qui la met dans l’impossibilité d’exécuter la succession pour la subsistance de ses deux enfants en bas âge… »


De même Julien et Joseph ont évoqué ensemble la rapide détention au printemps 1798 de l’ancien procureur du Gué au Voyer, Antoine Marie Tiger. Le 19 mars 1798, il est arrêté sur ordre du général commandant le département, conduit par trois gendarmes à la prison du Bouffay et jugé pour fait de « participation à la première insurrection des guerres de Vendée ».

Archives de Loire-Atlantique- L 312

La population prit fait et cause pour lui et c’est après une pétition de 53 habitants du canton, dont une majorité d’opposants républicains, qu’il est libéré au bout de six semaines.  

Archives de Loire-Atlantique L 312, lettre de soutien d’André Maussion, républicain, président du tribunal civil du département.

[1] À partir du XVIIe siècle, Aix-la-Chapelle comptait parmi les stations thermales de premier rang en Europe, notamment grâce au médecin belge François Blondel. Des curistes venus de tous les pays européens, dont le tsar Pierre Ier le Grand, le compositeur Georg Friedrich Händel, le roi Frédéric II de Prusse, le roi Gustave III de Suède, Joséphine, impératrice des Français, et même Casanova, se rendaient dans les bains d’Aix-la-Chapelle et de Burtscheid pour guérir et soulager leurs affections. https://www.carolus-thermen.de/fr/la-tradition-balneaire-Aix-la-Chapelle/

[2] Chapitre Noyades  des galiotes- Le Tribunal révolutionnaire (1793-1795), Les noyades de Nantes-Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l’Empire. Edition 4 / publiés avec des documents inédits par G. Lenotre

[3] En 1792, l’An I de la République Française, les autorités nantaises ne voulant plus de noms rappelant l’aristocratie ou le domaine religieux (« plus de moineries ») par arrêté du Conseil Général de la Commune changent beaucoup de noms de rues. Archives Nantes

[4] Jean Marguerite Bachelier, élu et révolutionnaire nantais,  déclara plus tard au procès que leur présence était inquiétante pour la ville de Nantes : en sorte que les nobles qui émigraient voyaient leurs biens confisqués, et ceux qui n’émigraient pas étaient jetés en prison avec leurs biens séquestrés.

[5] Le patrimoine des Chandenier était impressionnant avant la révolution. Outre les manoirs  de Basse-Rivière et de la Sénéchalière, ils possédaient les châteaux du Gué au Voyer et de la Meslerie à Saint Julien, un manoir  à Goulaine et à Noyant la Gravoyère, des maisons bourgeoises à Nantes Quartier Graslin et cours St Pierre, de nombreuses terres liées à ses propriétés avec plus de trente baux à ferme… sans compter la propriété de La Croix des bouquets à Saint Domingue.


Aujourd’hui

Sur les traces de Julien Pétard à St Julien de Concelles

Le manoir de Basse-Rivière

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