Mes souvenirs de la Guilbaudière

1958.

Yves, le frère de Juliette, évoque ses souvenirs d’enfance à la Guilbaudière.

« En 1958, j’avais 8 ans. C’est à cette époque que j’ai commencé à aller à la Guilbaudière chez ma sœur aînée Juliette et Auguste mon beau-frère. Moi qui étais un enfant de bourg, là je découvrais la vie à la campagne et les travaux des champs.

Juliette et Yves à la traite des vaches de la Guilbaudière

Petit je jouais avec les voisines Pétard. Pendant les siestes de l’après-midi d’été je tapais sur la machine à écrire de ma sœur. Plus tard j’aidais aux travaux agricoles. Je me souviens de la traite des vaches qui était sous la responsabilité de ma sœur.

J’étais souvent avec grand-père Clément, le père d’Auguste, aux travaux des champs. L’été on coupait la rouche dans les marais du chêne. Grand-père mettait les provisions dans le coffre de la charrette. Un peu de pain, un morceau de jambon, du vin rouge, du « 54 – 55 » coupé d’eau. On mettait le breuvage dans les douves au frais pour la pause.  On ramenait la rouche ensuite dans la grange. Celle-ci servait essentiellement de litière pour les animaux.

Je me souviens que grand-père me faisait des sifflets en osier. Il faisait une encoche qui glissait sur l’écorce pour en modifier le son.

Clément sur la charrette

Pour ma sœur Juliette je faisais les courses à vélo. J’allais les faire principalement chez des familles amies qui tenaient des épiceries, les Lefeuvre, les Praud.

 J’allais aussi chez Jean Thomas acheter un pain de 4 ou 6 livres qui était enregistré avec « la coche » car, à la Guilbaudière, on livrait un peu de blé à la boulangerie des « 3 Moulins » et en échange on avait du pain.

A la Guilbaudière, passait aussi Supiot, l’épicier de la Chebuette, avec son camion ambulant.

Grand-père m’a appris à harnacher « De Gaulle » le grand cheval de la ferme, l’équiper de son collier et de sa sous-ventrière avant de l’atteler aux brancards de la charrette. Je prenais plaisir à effectuer certaines manœuvres que Clément m’avait indiqué. « De Gaulle » s’exécutait aux sons de : « Hue » pour avancer, « Tiouk » pour tourner à gauche, « Huah » pour tourner à droite et « Drrrr » pour reculer.

Du haut de mes 12-13 ans, il m’est arrivé de partir avec le cheval au bourg chez Joubert le maréchal-ferrant. Je montais De Gaulle à cru en culotte courte. On passait par le « Cosson » pour rejoindre le bourg et le cheval connaissait la route…

Clément et De Gaulle

Plus grand j’ai travaillé aussi avec Auguste aux travaux de la vigne et de la cave ainsi qu’à la préparation des vendanges. J’aimais bien également faire avec lui les plantations de poireaux. Grand père conduisait le cheval, nous on était sur un disque bisocs et on mettait le plant de poireau à l’envers sur des pinces…

Puis plus tard ç’a été la culture des framboisiers, framboises qu’on allait ramasser tout l’été et qu’on allait ensuite livrer chez Pesnot au village de La Désirée à St Julien avec la « dauphinoise ».

La dauphinoise

Auguste, pour moi, était un peu comme un grand frère. Il avait entrepris de faire mon éducation culturelle et je m’y prêtais bien !  Jeune ado j’ai été impressionné par sa culture avant-gardiste, il écoutait Europe 1, radio moderne à l’époque, suivait de près l’actualité du TNP, la troupe de comédiens autour de Jean Vilar avec Gérard Philippe, Georges Wilson, Philippe Noiret. Parfois il me disait : on va écouter une pièce de Molière, elle passe à la radio ce soir. Puis le lendemain dans les framboisiers on rejouait ensemble des extraits du Bourgeois Gentilhomme par exemple …

      Auguste dans les framboisiers

En 1964, il nous avait abonné à l’Os à Moelle le journal humoristique décapant de Pierre Dac, réédité cette année-là. Auguste aimait bien l’humour caustique, les artistes un peu provocateurs. Il adorait Brassens. D’ailleurs à Noël 1966, j’avais 16 ans, il m’a offert le dernier 33 tours de Brassens « Le grand Chêne » … cadeau qui avait troublé un peu ma maman : Mais Auguste, qu’est-ce que vous avez acheté à Yves ? lui avait-elle dit !

Ma sœur Juliette, elle, avait des goûts musicaux plus classiques, plus romantiques, Les Compagnons de la chanson, les Djinns, Nina et Frédéric… Je l’ai souvent entendue fredonner la chanson fétiche de ce couple de chanteurs sortie en 1965 : « Mes enfants de toi »

Cette année-là, Juliette et Auguste avaient 3 enfants. J’étais donc le jeune oncle de Jean-François, 7 ans, Michel 6 ans et Anne 3 ans ».

En 1960, Jean-François, Yves et Michel

En remontant le fil des années nous reviendrons sur quelques épisodes évoqués par Yves. Merci à lui pour ses confidences.

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