1951.
En janvier, Auguste est de retour sur l’exploitation de la Guilbaudière. Fini le temps du service militaire, dont le seul avantage selon ses dires a été de lire et de parfaire sa culture générale. Il choisit alors de s’engager pleinement dans la JAC (Jeunesse agricole catholique) et d’abord localement.
Comme le rapporte René BOURRIGAUD[1] « dès 1943, autour de l’abbé CAILLON, un prêtre soucieux de la condition paysanne, un groupe se retrouve au niveau du canton du Loroux-Bottereau autour de Pierre PINEAU, Paul DAVID, Augustin CHON du Loroux-Bottereau, ainsi que Pierre MENARD et Pierre TERRIEN de Saint Julien… À la fin de la guerre l’équipe se rajeunit et se dynamise avec l’arrivée de Maurice BATARD et d’Auguste HIVERT de Saint-Julien, d’Antoine et Jean PETARD, et Marcel BOUYER de la Chapelle-Basse-Mer ».
« La JAC, c’était un peu la continuité de nos cours post scolaires du CERCA » rapporte Jean Pétard. Au début l’’action de la JAC a un caractère essentiellement religieux et éducatif avec l’organisation des activités de loisirs. Avec chants, insignes et drapeaux, elle nous apporte une certaine fierté à nous jeunes paysans et paysannes. Nos réunions sont animées par le vicaire de la paroisse. Elles sont l’occasion de mettre en œuvre la démarche du « Voir-Juger-Agir », commune à tous les mouvements d’action catholique…
René Colson, secrétaire général de la JAC de 1941à 1948, explique en 1942, le rôle essentiel de la démarche « Voir – Juger – Agir »[2].
« VOIR. Observer, c’est savoir prendre connaissance des réalités qui nous entourent. C’est savoir nous rendre compte de ce qui existe autour de nous. On a dit avec juste raison que le sens de l’observation était capital dans la vie d’un homme. Il est, en effet, difficile de vivre pleinement si l’on n’a pas conscience des réalités qui nous entourent.
« JUGER. On s’aperçoit que l’action de réfléchir, de penser, c’est-à-dire de s’attacher à ses propres observations, à ses propres idées pour les examiner, les comparer, et former dans son esprit des idées qui sont vraiment personnelles, est vraiment bien rare chez les hommes d’aujourd’hui. On a trop l’impression que l’on a peur de remuer sa matière grise.
« AGIR. Développer la volonté chez les jeunes, c’est en même temps développer le sens des responsabilités. C’est aussi les entraîner à avoir une manière de vivre, d’agir, conforme avec leur façon de penser ; à être loyaux. Il arrive trop souvent que les gens parfaits sur le plan des idées agissent d’une façon différente et contradictoire avec leurs idées et cela en toute bonne foi, parce qu’ils ne sont pas entraînés par des actes progressifs à conformer leurs actions à leurs pensées. »
Les années 1950 s’ouvrent par le Congrès national de Paris qui rassemble au Parc des Princes plusieurs dizaines de milliers de jacistes.Alors qu’Auguste est encore au service militaire et même en permission agricole à la Guilbaudière Marie et Antoine Pétard, ses cousins germains participent à ce rassemblement des 12 au 14 mai 1950.
Marie raconte : « Je suis partie avec une bande de filles de la Chapelle-Basse-Mer. On logeait à Colombes chez une personne dans les parents étaient originaires du Loroux. On avait envahi Paris car on était plus de 50 000 participants. C’était un rassemblement très enthousiasmant. On voyait toute la richesse et la créativité des jeunes ruraux, garçons et filles. Même si nous étions ensemble à Paris, les activités de la JACF et de la JAC étaient bien séparées ».
Films du Congrès national de la J.A.C. des 12 au 14 mai 1950
Cinémathèque de Bretagne

Départ de Nantes, défilé au parc des princes, animations garçons
Ce rassemblement de masse joue un rôle galvanisant et pendant cette décennie les groupes locaux se multiplient à travers la France. A partir d’enquêtes sur le thème de la campagne d’année les réunions de Jacistes sont l’occasion d’échanger sur le quotidien des jeunes et leurs difficultés les éclairer avec le message évangélique avant de décider une action collective[3]…
« C’est à la JAC qu’on s’est forgé une culture du collectif » raconte Jean Pétard, le frère de Marie : « Quand on avait cerné un problème personnel ou collectif, on n’attendait pas que les solutions viennent du ciel ou qu’elles nous soient dictées. On échangeait ensemble avant d’agir. Chacun, selon sa capacité, apportait aux autres. C’est tout un art de travailler ensemble en se respectant ».
Jean ajoute : « On lisait « Jeunes Forces rurales ». Sur le plan professionnel, on allait à des journées rurales où on parle du métier, de modernisation de l’agriculture. J’ai été aussi marqué par les semaines sociales de Nantes ».
Au lendemain du congrès JAC de 1950, rapporte René BOURRIGAUD, un débat important s’engage au sein de la JAC de Loire-Inférieure à l’occasion de la semaine sociale de Nantes consacrée « au monde rural dans l’économie moderne ». En mai 1951, sur le plan fédéral, se produit un renouvellement important des dirigeants, Emmanuel BONNET est remplacé par Jean BATARD, Henri MORILLE devient trésorier fédéral, Marcel BOUYER prend la responsabilité de la province Loire océan (Loire-inférieure, Maine-et-Loire et Vendée). Auguste HIVERT de Saint-Julien-de-Concelles prend la responsabilité loisirs.[4]
La responsabilité loisirs consiste à mobiliser les jeunes à travers des activités culturelles où ils mettent en valeur leur talents grâce à des « coupes de la joie ».
Dans son mémoire, Gwenaelle LAOT[5] décrit ce qu’étaient les « coupes de la joie au village » : « La coupe de la joie existe à plusieurs échelons et prend la forme d’un concours avec sélection des meilleurs numéros à chaque échelon [sketches, danses, concours de chant, et autres expressions artistiques]. Quand il y a de nombreux candidats, des éliminatoires sont prévues dans chaque commune à l’occasion d’une veillée, d’une séance théâtrale ou d’une séance spéciale. Aux échelons de base comme la commune ou la section, ce sont les militants et animateurs locaux qui prennent la coupe en charge. Les meilleurs numéros sont retenus pour la finale du secteur (l’équivalent du canton). Lors du festival de zone (l’équivalent de l’arrondissement), le matin est consacré à une séance d’étude puis à une messe, l’après-midi étant réservé au Festival de la Joie. »

D’autres loisirs à but éducatif sont également organisés, comme les fêtes de la terre, les séances de ciné-club. Le même mémoire universitaire consacre un long développement au thème « la JAC et le bal », « soulignant d’emblée qu’en général, le clergé et la danse ne font pas bon ménage. Dans toute la réflexion de la JAC, on trouve une opposition entre les bons et les mauvais bals […] et des mises en garde contre leur fréquentation trop habituelle. Comme pour les autres domaines, une éducation au bal est prônée par la JAC. Cependant, il est surtout conseillé de les éviter ».
« Auguste, en tant qu’animateur de la section loisirs prenait cette responsabilité fédérale très à cœur et passait son temps libre à sillonner le département pour mobiliser les groupes de secteurs » affirme son ami Maurice LEFEUVRE, « et parfois il avait même quelques frictions avec Clément, son père, du fait de ses absences sur l’exploitation ».
La préparation en équipe de la coupe de la joie requiert en effet un long travail de création et de répétition qui s’effectue pendant les mois d’hiver. Dans ces concours avec jury, des finales départementales sont organisées à partir de 1953 dans le département et tous les trois ans sur le plan régional et national.
Pour que ces journées se passent au mieux, Auguste et ses collègues des autres départements de l’Ouest doivent déployer une énergie importante pour organiser ces manifestations, d’où l’idée d’organiser des stages de formation durant l’hiver pour mieux motiver et préparer les groupes de jeunes à devenir acteurs de leurs loisirs et créer ainsi une émulation positive.

Il faut également obtenir des aides et des appuis des responsables nationaux.

Parfois Auguste montre son épuisement devant l’ampleur de sa mission et il se confie à quelques camarades militants de la JAC comme Marcelle Gaborit du Loroux-Bottereau et engagée elle aussi au sein de la JACF. Elle lui envoie cette lettre à l’occasion de ses 25 ans.
Auguste terminera sa mission comme référent loisirs de la JAC en mai 1956 avec la finale de coupe de la joie interdépartementale en mai 1956.
[1] René BOURRIGAUD, Paysans de Loire-Atlantique – Editions du centre d’histoire du Travail- Nantes
[2] Serge CORDELLIER JAC-F, MRJC et transformation sociale – Histoire de mouvements et mémoires d’acteurs 1945-1985
[3] François COLSON – Les contributions de la Jeunesse agricole catholique à l’organisation de l’agriculture française – Journées de recherche en sciences sociales – SFER-INRA-CIRAD -Décembre 2019
[4] René BOURRIGAUD, Paysans de Loire-Atlantique – Editions du centre d’histoire du Travail- Nantes, p 255
[5]Gwenaëlle LAOT, La révolution culturelle jaciste. Aspects culturels de la JAC/F dans le Finistère (1945-1960), mémoire de maîtrise en histoire, Université de Bretagne occidentale, 2001







