Auguste HIVERT au service militaire

1949-1950

Auguste a 20 ans en 1949. C’est le temps des copains et des conscrits et qui dit « conscrits » dit service militaire dans la foulée.

« Nos sorties entre copains se faisaient à vélo » rapporte André TETEDOIE, nous étions toute une bande de garçons de 18 à 21 ans, tous originaires de St Julien et on passait nos dimanches ensemble ».

Sur la photo, on reconnait Joseph PÉTARD, Jean LITOU, Maurice BATARD, Maurice NOZAY, Georges MÉCHENEAU, Jean-Marie TETEDOIE, Auguste HIVERT, André MEILLERAIS

« Parfois on allait se promener à Nantes ou voir une pièce de théâtre » dit Georges MÉCHENEAU. « Tous les dimanches soir c’était un rituel, on allait ensemble voir le film à la salle de cinéma de Saint Julien avec Auguste, Adrien MEILLERAIS et Georges » ajoute André TETEDOIE.

« On se réunissait souvent le dimanche dans la cave de la Guilbaudière et on refaisait le monde. Auguste avait déjà une solide personnalité et nous impressionnait par ses convictions affirmées. Il était le seul de la bande à acheter l’hebdomadaire « Témoignage Chrétien » tous les dimanches matin » rapporte André.

« Au printemps 1949, nous avons passé du bon temps ensemble entre conscrits en allant faire le tour des conscrites au bourg et dans les villages. Comme il était de tradition, Gustave Pétard le photographe a tenu à immortaliser l’instant » souligne Georges.

Au dernier rang : Georges MECHENEAU, Auguste HIVERT, Marc VIAUD, Gustave MEILLERAIS, Claude MENARD, Gustave PETARD, Yves ROBIN – Au second rang : Maurice PINARD, Gérard FAVREAU, Joseph PETARD, Léon MOREAU, René PEAUDEAU, Marcel HERVOUET, Claude MOUGEAIS- Au premier rang : Joseph PETARD, Albert CORBET, Jean THOMAS, Adrien OLIVIER, Joseph ROUSSEAU

« C’est Jean THOMAS, celui qui tient la pancarte, qui organisait régulièrement nos voyages de classe » raconte Georges qui ajoute « le jour du conseil de révision nous étions 19 conscrits. Tous les jeunes de la classe étaient invités en même temps au Loroux-Bottereau, le chef-lieu de canton ».

« Tous les gars ont été affectés dans une unité militaire en France ou au Maghreb. Pour moi ça été le Maroc !» rapporte Georges. « Heureusement Auguste a fait son service en métropole dans l’Est de la France car son père restait seul à la Guilbaudière ».   Dès octobre 1949, et pendant plus d’un an Auguste va échanger une correspondance importante avec Clément resté seul travailler sur l’exploitation familiale de la Guilbaudière. Auguste écrit à son père deux à trois fois par semaine pour raconter sa vie militaire et les sentiments qu’elle lui inspire.


Lettres et morceaux choisis.

Après un séjour d’un mois à la caserne Beaumanoir de Dinan et au camp d’Aucaleuc avec de nombreux jeunes de la Bretagne où Auguste restera un mois.

[Lettre du 1er novembre 1949]

Ensuite à partir de la mi-novembre 1949 Auguste sera affecté au quartier militaire Vauban à Thionville pendant plus d’un an.  

[15 août 1950]

« Dans cette métropole du fer à 7 km du Luxembourg, les usines sidérurgiques sont le seul élément industriel de la ville. Près de la place du marché, après des maisons cossues aux balcons saillants, la première caserne que nous apercevons porte au-dessus de sa grille en peinture rouge « quartier Vauban », ainsi que « quartier Jeanne d’Arc » ! A la porte une sentinelle, baïonnette au canon, garde… On se demande bien quoi au fond ! ». 

Là, Auguste alterne les gardes au fort de Yutz qui abrite canons et munitions et participe à quelques manœuvres dans la Marne entre Suippes et Mourmelon puis en Moselle. Il est affecté au magasin optique-gaz-génie-incendie, mais cette activité est loin d’être débordante.

Auguste écrit à son père Clément deux à trois fois par semaine pour raconter ses impressions, de même qu’il entretient une correspondance suivie avec ses amis de Saint Julien et du canton.

[Extrait de la lettre du 17 décembre 1949]

Le temps s’écoule péniblement à Thionville loin de la Guilbaudière.

[Extrait de la lettre du 2 avril juin 1950]

[12 juin 1950]

« Mon cher papa, j’ai reçu ce matin ta lettre. Je me fais de plus en plus suer ici. D’abord les permissions agricoles on n’en parle pas et ensuite je me morfonds d’être ici à rien foutre alors qu’il y a tant de boulot chez nous, ça me dégoûte ».

Parfois l’arrivée de bonnes nouvelles de Saint-Julien rend Auguste morose et amer.

[Lettre du 4 octobre 1950]

Heureusement il y a la lecture qu’Auguste affectionne particulièrement.

[12 février 1950]

« Je passe le plus clair du temps à dormir puis à lire. Ici, à Thionville, on a toutes les facilités, une bibliothèque de 900 livres est tenue par une assistante sociale et ouverte chaque jour, alors je dévore tour à tour les œuvres de Daudet, Bazin, Cronin, Bernanos, Pearl Buck, Cesbron, Colette, Gide… »  

[7 juin 1950]  « En ce moment je passe le plus clair de mon temps à étudier le bouquin « Paysannerie et humanisme » ou à lire Mauriac, auteur admirable… »  

[22 septembre 1950] 

« Ces derniers temps j’ai abattu un bouquin de 540 pages sur le cinéma, ça ne me servira certainement jamais mais ça passe le temps »

D’ailleurs, Auguste consigne dans un cahier et par ordre alphabétique les ouvrages lus se contentant le plus souvent de la mention, m : médiocre ou b : bien.

Parfois, pour vaincre son ennui, il prend le temps de dessiner.

[Portrait sans papier calque du 22 juin 1950] 

De temps en temps Auguste évoque quelques rares sorties, faute de moyens financiers.

[15mars 1950]

« Dimanche soir, la garde terminée, j’ai pu bénéficier d’une permission spectacle pour la première fois pour voir Hamlet. Je ne regrette pas ce film, le plus beau qu’il m’ait été donné de voir jusqu’à maintenant.

[2 juin 1950]    

« Hier soir je suis allé voir dans le cadre de la foire exposition un gala donné par Jacques Hélian et son orchestre. Il ne trouve pas son succès seulement dans la musique, ses chants sont truffés de gags. A entendre ces trompettes, à écouter le rythme de l’orchestre, à voir l’entrain endiablé des musiciens on se sent pris au jeu et on marche » …

De son côté Clément lui raconte la vie de St Julien au fil des saisons, les travaux des champs, les péripéties de Jean LEGAUD et d’Alexandre Pétard, les voisins, lui donne des nouvelles de la famille…

[25 mai 1950]

«…  Les petits pois doivent grossir à cadence accélérée et veinards que vous êtes, vous devez en manger tous les jours. Thérèse doit s’ennuyer en ramassant ces pois et évoquer nostalgiquement en rêve les beautés de Paris [retour du 20ème anniversaire de la JAC du 12 au 14 mai 1950] et les charmes de la tête de monsieur Joseph BAGRIN. »

[9 septembre 1950]

« …Je suppose que les vendanges de muscadet battent leur plein et que portoires, barriques voire citernes s’emplissent à un rythme accéléré. Ah combien je préfèrerais vous aider plutôt que de mourir d’ennui ici !  Thérèse et Denise [les cousines d’Auguste] doivent rivaliser d’ardeur dans le coupage des grappes. Dis-leur que je pense souvent aux bonnes heures que nous passions ensemble tant aux Valdoiseries que sur la butte du Haut Clos… »

Dans sa lettre du 23 octobre 1950, un mois avant son retour à la Guilbaudière alors qu’il ne croit pas  être libéré avant la fin de l’année, il écrit ce qu’il pense de la vie militaire après un an de service.

[23 octobre 1950]

… Chez les sous-officiers on a droit à tous les genres, le « j’m’enfoutiste » (mon vieux, ça m’est égal, démerdes-toi) le gueulard (vous allez voir bandes de c…) l’intéressé (moi, ce qui m’intéresse c’est le pécule…) et surtout le fainéant (moins on en fait…) …

En bas, j’entends qu’on gueule sur les nouveaux bleus « marchez les bras, en cadence, balancez les bras, levez la tête, rassemblement, colonne par trois ». Et voilà, six mois de peloton et on vous confie une quarantaine de bleus à mener. Et le gradé devient fier de sa force, il devient « vache » car il n’y a rien de pareil pour avilir un type que de lui donner une puissance que rien ne justifie…  

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