1943
Démobilisé, Clément est revenu à la Guilbaudière en août 1940 et depuis les habitudes ont repris leurs droits. Mise à part la garnison allemande qui occupe quelques maisons bourgeoises du bourg tandis que les réfugiés se serrent dans les greniers des villages, les communes de la Chapelle Basse-mer et de Saint Julien sont plutôt calmes.
Pendant cette période le rythme des travaux agricoles se poursuit comme avant, confirme Jean Pétard, le fils cadet de Germaine et Jean-Marie : « Dans les années 40 sur la ferme de La Saulzaie comme à la Guilbaudière, on avait donc 2 à 3 vaches. On faisait du blé, des choux, des betteraves, des petits pois, des haricots verts et de la vigne. A la Saulzaie, avant-guerre, on cultivait aussi du chanvre et du tabac. On le faisait sécher feuille par feuille. Puis on a abandonné le tabac car c’était trop exigeant, avec le contrôleur des tabacs très pointilleux. On faisait aussi des asperges qu’on vendait à des grossistes comme Alexandre Viaud ou Henri David. Tonton Clément sur la ferme de la Guilbaudière cultivait, lui, plus de vignes que nous ».
En effet l’inventaire de terres de la Guilbaudière réalisé par Clément juste après la guerre, fait apparaitre un patrimoine très morcelé composé d’environ 50 parcelles soit 1ha 35 de vignes, 3ha 56 de terres cultivables et 2ha26 de pré dont 66 ares de pré-marais.
En juin, les petits pois et les haricots de la Guilbaudière
Petits pois et haricots sont les deux cultures primeurs principales de l’exploitation de la Guilbaudière. En cette année 1943, la récolte s’annonçait pleine de promesses. Hélas la température brutale du dimanche des Rameaux a grillé de nombreuses fleurs baissant de beaucoup le niveau de production des années précédentes. La récolte des haricots a été, elle, plus fructueuse.

Malgré la règlementation qui interdit la vente à la ferme, la rareté de certains légumes a fait augmenter les prix en cet été 1943, renforçant ainsi le marché noir. L’encadrement des prix décidé par la préfecture avait fixé au mois de juin le prix du Kg de petits pois de 600 Francs pour les communes de production et à 700 francs pour les autres. Un correctif a été porté à la hausse dès le mois suivant…
En juillet, les battages : une activité réalisée en commun avec la Saulzaie
« Les battages, c’était une activité commune. On les faisait ensemble à la Guilbaudière, raconte le cousin Jean Pétard de la Saulzaie à la Chapelle Basse Mer. « Mon père me disait : tu vas aller battre à la Guilbaudière. J’aimais bien ça parce que c’était une fête collective de travail. Devant la maison, sur ce qu’on appelait le « carrouail », les communs, il y avait les meules composées de gerbes de blé, de seigle ou d’avoine ».


Jean ajoute : « moi j’étais avec un autre jeune, on était sur le haut de la machine à l’engrenage, on coupait le lien des gerbes qu’on étalait ensuite pour qu’elles passent dans l’engreneur de la machine. La paille était envoyée dans le monte-paille et 3 à 4 gars confectionnaient le pailler. Les grains de céréales tombaient dans des sacs que des porteurs, souvent les plus costaux d’entres nous, montaient au grenier. Le midi tout le monde était invité à manger dans une joyeuse ambiance ».
En août, la rouche du marais avec les cousines HIVERT du Portégaud, une récolte importante mais éprouvante
Clément et son frère Pierre possédaient une parcelle dans le marais du chêne, juste en face du Portégaud (souvent orthographié « Portego » à l’époque comme on le voit dans l’inventaire). L’été c’était également la saison de la rouche du marais. De fin octobre au mois de juin, le marais était sous l’eau. Mais l’été venu, il s’asséchait. Et c’est à partir du 14 juillet et durant tout le mois d’août que l’on coupait la rouche qui servait aux animaux, en alimentation parfois, mais surtout comme litière. La rouche pousse naturellement dans le marais, « ses feuilles sont presque larges comme le petit doigt et c’est un peu coupant », décrit Marie Thérèse Mécheneau qui est née au bord du marais. « Avant l’arrivée des botteleuses, on allait faire des petites bottes, on mettait des manchons parce que ça piquait les bras. On coupait, on faisait une brassée, on mettait le lien et puis ça faisait une botte. Et donc, on allait couper ça, ramasser la rouche …et il faisait une chaleur dans ce marais ! ».
Et puis en septembre quand repoussait la rouche, les riverains mettaient les vaches à paître le regain…C’est avant tout le travail des enfants de garder les vaches « Elles ne restaient pas sur notre parcelle, elles se baladaient et se fichaient bien des bornages de propriété» confirme Marie Thérèse...On se connaissait bien avec les voisines Hivert. J’aimais bien garder les vaches avec Thérèse, car on parlait, mais sa sœur Denise, elle, était trop timide ! ».
En septembre, les vendanges avec la famille HIVERT du Portégaud.
Les vendanges se déroulent tous les ans traditionnellement avec la famille de Pierre HIVERT, le frère de Clément, du Portégaud. Les deux familles sont donc mobilisées pour vendanger les 2 ha et demi des deux exploitations. En 1943, les vendanges ont débuté le 7 septembre avec une récolte annoncée plutôt moyenne. En effet le gel du 11 avril a perturbé la floraison naissante de la vigne.
En cette année 43, l’administration préfectorale se montre très insistante pour éviter toute fraude et autre marché noir.
Mais les vendanges 43 restent en mémoire pour des raisons plus sombres. Quand nous étions enfants, Clément notre grand-père nous l’a raconté à plusieurs reprises : « C’était en milieu de semaine les 16 et 23 septembre. Il faisait beau et nous étions tous ensemble avec les enfants en vendanges à l’Ouche du Chêne sur les hauteurs à proximité du Loroux-Bottereau. Ces deux jours là on vu une grosse flotte de « forteresses volantes » américaines envahir le ciel au dessus de Nantes. On voyait distinctement les bombes qui tombaient suivi d’explosions lointaines et sourdes… Quelle tristesse ces bombardements très imprécis de ceux qu’on appelait nos alliés. Près de 1500 morts dont certains de Saint Julien*.»
* Voir témoignage joint ci-après
En octobre, Auguste et ses cousins suivent les cours postscolaires agricoles
En octobre 1943 Auguste comme ses cousins de la Chapelle, Jean et Antoine PÉTARD, suit les cours postscolaires agricoles* organisés par le C.E.R.C.A. Centre d’enseignement rural par correspondance d’Angers. Tous les mois sont envoyés des cours et des questionnaires sur l’agriculture, la viticulture, l’élevage mais aussi la sociologie rurale, le syndicalisme agricole, la commercialisation des produits, les offices agricoles. « Ces cours nous ont permis d’approfondir les techniques agricoles, mais également de nous forger une réflexion sur le milieu paysan et glisser ensuite vers la JAC, ajoute Jean « mais l’inscription aux cours, ça permettait aussi de maintenir les allocations familiales ! ».
En cette année 1943, deux autres enfants Pétard, sont séminaristes: Armand, l’aîné est à l’abbaye de Chantenay et Pierre, le quatrième, est au petit séminaire de Guérande.
En novembre, Auguste et le patronage
Auguste participe aussi aux activités de patronage organisé par le curé et les vicaires. Et Pierre Terrien, récemment décédé à 102 ans, s’en est souvenu :

« On avait 14 à 20 ans et Auguste était le plus jeune d’entre nous », souligne Pierre TERRIEN l’un des aînés. « On allait en réunion de patronage à la Salmonière. On y allait le soir en vélo équipé d’une lanterne de vélo avec une dynamo… Mais on voilait la lumière pour éviter de se faire répérer par les Allemands. On réfléchissait avec le curé Tisseau et l’abbé Libeau sur le sens de la vie, nos actions de chrétiens. C’était les prémices d’une JAC (Jeunesse Agricole Catholique) à l’action plus politique et plus engagée que celle de l’avant-guerre ».

Hommage à Jean-Marie BOUYER
Message de Jean Guillet du 16 septembre 2023
« Nantes commémore les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 et salue les victimes, environ 1500.
Parmi elles au moins un concellois mort dans les ruines de l’Hôtel Dieu où il exerçait probablement comme aide-soignant ou brancardier. Il s’agit de Jean-Marie BOUYER, fils de la sage-femme qui a exercé à St Julien, sœur de mon grand-père, Julien MÉCHENEAU du Coteau du Chêne. Il était le frère de Marie-Louise GUINDON venue prendre sa retraite dans la maison bourgeoise route de Boulay après un long séjour aux États-Unis où son mari avait fait carrière de peintre en bâtiment.
Enfin ceci pour signaler que vous disposez, dans les clichés remis, d’une photo où le dit Jean- Marie BOUYER mime la lecture du journal à bord d’un side-car. C’est donc dans l’humour que l’on peut saluer sa mémoire ».
Généalogie HIVERT PÉTARD en 1943












