Clément HIVERT et Jean Marie PÉTARD  et « la voix des paysans »

1936.

En mars de cette année-là, les cultivateurs de Saint Julien, après avoir entendu le discours de  Jean Martineau, de Legé, ont décidé de se constituer en syndicat. Dans la foulée un bureau fut ainsi formé autour de Georges VIVANT, du village de Boire-Courant comme président, Emile MEILLERAIS du hameau des Planches comme trésorier et René PINEAU du village de Bois Malinge en tant que secrétaire.

Clément Hivert a donné son accord pour être, avec d’autres, membre assesseur[1]. Au début de l’année Georges VIVANT l’avait incité à venir à une rencontre,  un dimanche avant la messe, au café Merceron.  « Clément, lui avait dit Georges,  comme tu le sais le syndicat actuel des agriculteurs de Loire-Atlantique ne nous donne pas satisfaction. Il est dirigé par le vicomte Joseph DE CAMIRAN ou René LE GOUVELLO qui sont d’abord des représentants des grands propriétaires mais pas du monde paysan. Je suis en rapport avec Jean Martineau qui a monté un syndicat à Legé et dans le nord de la Vendée. Il vient à St Julien le 26 janvier prochain. Viens l’écouter ! »

L’Echo de la Loire du 16 janvier 1936

Clément s’est bien rendu à cette rencontre. Il a adhéré aux propos de Martineau sur une représentation paysanne par ses travailleurs eux-mêmes, mais il partageait le point de vue de  Georges VIVANT sur le rapprochement avec la CFTC. « Moi aussi, je me suis opposé à Martineau sur cette orientation » lui a confié Georges, c’est deux choses qui n’allaient pas bien ensemble… mais j’ai cédé par la force des choses »[2] .

Quelques semaines plus tard le syndicat local est constitué comme le rapporte l’Echo de la Loire du  18 mars 1936 : « Dans leurs réunions mensuelles, Ils étudieront ensemble tout ce qui peut améliorer leur sort, soit dans leurs durs travaux ou dans les débouchés pour leurs produits. Déjà, une soixantaine de membres se sont fait inscrire et font appel à leurs compatriotes pour venir  à eux afin de profiter des nombreux avantages qu’ils espèrent obtenir. Ils forment les vœux que leurs collègues des communes voisines les imitent. Ce jeune syndicat est rattaché à l’Union des Syndicats de la Vendée qui doit bientôt devenir la fédération des Syndicats de l’Ouest des travailleurs de la terre qui fait partie de la Fédération Française des Travailleurs de la Terre (FFTT). Celle-ci a puisé ses directives à la Fédération des Travailleurs Chrétiens qui met en pratique les enseignements des grands papes Léon XIII et Pie XI ».

Tout au long de l’année 1936, les syndiqués se réunissent au café Merceron le premier dimanche du mois.

En avril « un vœu fut présenté en faveur d’un meilleur entretien des routes vicinales et d’une meilleure organisation du travail des cantonniers. Ensuite eurent lieu les commandes de maïs « sous réserve que nous trouvions des prix intéressants » rapporte le secrétaire, René PINEAU.

Le dimanche 3 mai,Georges Vivant, président du syndicat concellois, met l’assemblée au courant des prix tout à fait intéressants qu’il a pu obtenir pour une fourniture de fibrociment : « Ayant pu grouper une commande d’environ 10 tonnes, j’ai obtenu un rabais de 32 %, ce qui représente une économie très intéressante et nous montre tout l’intérêt que nous pouvons trouver à nous grouper ».

En juin chacun a pu prendre des commandes de chaux afin de bénéficier d’un « wagon de chaux » pour le mois de septembre pour l’ensemble des adhérents. Par ailleurs il fut question des cours des petits pois et des haricots dont la saison débute à peine.

Ramassage des petits pois et haricots à la Guilbaudière avec Auguste HIVERT au premier plan.

Ce même jour l’assemblée s’est réjouie que les voisins de la Chapelle Basse Mer aient à leur tour décidé de constituer leur syndicat local. Aux côtés de Pierre Morille, Jean-Marie Pétard, le beau-frère de Clément a accepté  le poste de trésorier. 

Jean Marie PÉTARD

La voix des paysans de juillet 1936

Lors de la réunion de juillet Georges VIVANT a lu la lettre qu’il propose d’envoyer au M. le Maire, de Nantes sur le prix de revient du lait : « Nous espérons ainsi démontrer qu’une hausse de 10 centimes par litre à la production est bien justifiée », a t il conclu à la fin de sa lecture, ajoutant qu’il va demander aux amis syndiqués de la Chapelle de s’associer à la démarche.

La voix des paysans d’aout 1936
La voix des paysans de septembre 1936
Gabrielle et Clément HIVERT

Jean-Marie Pétard, le frère de Gabrielle et Clément Hivert son beau-frère, même s’ils n’habitaient pas dans la même commune, l’un à St Julien, l’autre à La Chapelle Basse mer, se voyaient régulièrement. Outre les fêtes de famille les deux hommes se rendaient service mutuellement à l’occasion des vendanges ou des battages.  Ils partageaient également les mêmes idées syndicales autour de la défense des intérêts du paysan. Ils se rejoignaient également sur leurs idées politiques autour du catholicisme social. Jean Marie d’ailleurs était abonné au «  Petit démocrate »,  le journal de la Démocratie Populaire.

Jean Marie sur sa charrette à cheval devant la maison de la Saulzaie à La Chapelle Basse Mer.

Au fil des mois et des années qui suivent, le syndicat de Saint Julien est à la fois groupement d’achat, défenseur du revenu du paysan, écho de  la vie syndicale du mouvement, comme le relate au fil des mois son secrétaire René Pineau :

Septembre 1936

« A notre dernière réunion nous avons passé commande d’un wagon de chaux, livrable début septembre. Le même jour nous avons pris aussi les commandes pour des graines de trèfle incarnat, une cinquantaine de kilos pour lesquels nous avons eu des prix intéressants.

Le café Merceron de la place de l’église

Décembre 1936

« A notre dernière réunion, une collecte fut faite par notre trésorier pour l’Union Syndicale; elle a
produit environ 100 francs. Tous les adhérents présents ont compris la nécessité de cet effort. Ceux qui n’avaient pu assister à cette réunion voudront eux aussi y contribuer pour assurer la bonne marche de notre organisation.
Notre prochaine réunion aura lieu le 6 décembre à l’école des garçons, à l’issue de la réunion
des planteurs de tabac. Groupement des commandes pour les tourteaux ».

Janvier 1937

« Notre prochaine réunion aura lieu au café Merceron, à 9 h. Tous les adhérents et les cultivateurs qui voudraient se faire inscrire y sont invités tout spécialement. A l’ordre du jour : Elections d’une partie de la Chambre Syndicale ; Paiement des cotisations, prière d’apporter la carte syndicale de 1936. »

Mai 1937

Nos Deuils: « Le 19 avril, une foule nombreuse conduisait à la dernière demeure notre camarade Alexandre Pétard, de la Guilbaudière.

Il fut un spécialiste convaincu et toujours prêt à donner un bon conseil. Nous prions sa famille, en cette douloureuse circonstance, de recevoir les sentiments émus de ses camarades du syndicat de Saint-Julien ».

Alexandre PÉTARD

 « Notre dernière réunion fut très suivie. Une soixantaine de syndiqués y assistaient. Notre président fit plusieurs communications très intéressantes, notamment sur les allocations familiales pour les exploitants agricoles. Ensuite, trois nouveaux adhérents se firent inscrire. Notre prochaine réunion aura lieu le 9 mai à 10 h au Café Merceron ».

Aout 1937

« A notre dernière réunion, notre trésorier E. MEILLERAIS, qui assista au Congrès de la C. F. T. C., à Paris, nous parla de l’accueil enthousiaste et chaleureux fait par tous les congressistes aux délégués paysans. C’est donc avec confiance que nous pouvons compter sur l’aide de celle puissante organisation pour nous aider à faire aboutir nos justes revendications. Notre prochaine réunion aura lieu de 8 août, à 9 heures, an café Merceron.
Cours des vins : Muscadet, 600  à 700 FR. la barrique; gros-plant, 400 à 425 FR. la barrique; vins rouges, 300 à 325 FR. la barrique, suivant qualité, pris chez le vigneron ».

Septembre 1937

« Notre prochaine réunion aura lieu le 12 septembre au Café Merceron. A cette réunion, prise des commandes pour un wagon de chaux et pour le blé de semence »

Octobre 1937

« A notre dernière réunion, il fut question des tarifs de ferrure pour les chevaux. Nous avons décidé de convoquer tous les maréchaux de la commune à une réunion pour leur demander de consentir à baisser leur prix quand le propriétaire du cheval tient le pied.

Notre prochaine réunion aura lieu le 10 octobre au lieu et heure habituels ».

Janvier 1938

Après une entrevue des représentants du syndicat avec les boulangers locaux, ceux-ci ont consenti à donner 73 kilos de pain pour 100 kilos de blé au lieu de 69 kilos qui étaient fournis auparavant.

Notre prochaine réunion aura lieu le 9 janvier à la mairie, à 9 heures. A cette réunion, aura lieu le paiement des cotisations pour 1938. Les membres du bureau font un pressant appel à tous les syndiqués pour qu’ils s’acquittent de leur devoir syndical dès la réunion de janvier pour faciliter les comptes. A cette réunion également des renseignements seront donnés sur les prix des engrais azotés, des scories et du sulfate de cuivre.

Février 1938

« Compte rendu de notre dernière réunion. Une soixantaine d’adhérents y assistaient. Notre président, Georges VIVANT  fit le bilan de l’année écoulée. En affaires commerciales, le Syndicat a groupé parmi ses adhérents une commande de 96 kilos d’arséniate de plomb à environ 25 % moins cher qu’au commerce, et une commande de 15 tonnes de chaux agricole de très bonne qualité à 30 FR. par tonne, meilleur marché qu’au bateau.

Georges VIVANT

Il montra ensuite que si nous n’avons pas abouti dans toutes les choses entreprises, certaines ont réussi.  Des carrières pour l’entretien des chemins, ont été ouvertes et déjà un certain nombre de mètres cubes de pierre ont été mis dans les chemins. Sur l’intervention du Syndicat, les boulangers ont consenti à fournir aux cultivateurs échangistes 3 kilos de pain de plus par 100 kilos de blé à partir du 1er décembre 1937, ce qui porte à 72 kilos au lieu de 69 kilos la quantité de pain fourni par le boulanger pour 100 kilos de blé. C’est  à première vue, un gain minime, mais prenons l’exemple d’une famille de trois personnes consomme trois quintaux par personne et par an, cela fait 9 pains de 3 kilos à 8,30 FR., soit 74, 70 FR, c’est tout de même appréciable. Les syndiqués ne sont pas les seuls à en bénéficier, tous les cultivateurs de la commune vont en profiter aussi. Espérons qu’ils comprendront tout l’intérêt qu’il y a pour les cultivateurs à se grouper pour faire aboutir nos justes revendications et défendre nos intérêts ».




[1] Autres Membres assesseurs, MM. CHAUVEAU, Haut Village; M. TERRIEN, des Carroueils, L. JAMIN et Francis Godin, de Charère; Auguste  Pétard, de Boulay; Alexandre LUZET, de Boire-Courant, J. ARROUET, de la Copsonnière, et J. LITOU, de la Roche.

[2]  Entretiens sur le monde paysan Georges Vivant, réalisé le 18 mai 1982. Fonds audio du Centre d’histoire du travail de Nantes

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