1963.
Au début des années 60, la ferme de la Guilbaudière se compose de 8 hectares dont 2 hectares de vignes. Notre prime enfance a été bercée de noms de parcelles de terre ou de vigne entre St Julien et le Loroux comme le Pré Naud, la Pièce Jouis, Le Haut clos, l’Ouche du chêne, les Valdoiseries , l’Ecusson…
Cette année-là, nos parents Auguste et Juliette font le choix d’arrêter l’élevage laitier composé de 4 à 5 vaches. Celles-ci seront remplacées progressivement par un élevage de génisses. Petit à petit l’exploitation développe la culture de légumes de plein champ puis s’oriente vers les petits fruits, particulièrement la framboise.
L’engagement d’Auguste
L’exploitation n’est pas mécanisée. « De Gaulle », le cheval, prend en charge les travaux les plus courants. Pour les travaux les plus lourds, Auguste fera le choix de la CUMA de St Julien. L’adhésion au CETA (Centre d’étude des techniques agricoles) du vignoble nantais permettra à l’exploitation de se mettre en dynamique. En effet le CETA agit comme un groupe d’échanges, des agriculteurs y mettent en commun leurs expériences en vue d’essayer d’améliorer techniquement économiquement et socialement leur exploitation.

Auguste a le souci permanent de la promotion des personnes par leur participation active aux différentes organisations locales. Il sera lui-même au début des années 60 secrétaire de ces deux structures. En 1962, il entre au bureau du C.D.JA. dont il est élu vice-président. Beaucoup se souviennent de son magistral rapport d’orientation de février 1963 rapporté par le journal « Le Paysan nantais ».

Transparait à travers ces lignes quelques aspects de la pensée d’Auguste.
Sa raison d’agir
« …Pour construire quelque chose il faut d’abord un plan. Nous avons le nôtre. Ce plan a un but : l’épanouissement de l’homme. Il comporte un moyen : la prise en charge des responsabilités.
…Ce que nous voulons ? Que les vignerons et les agriculteurs puissent vivre dans des conditions aussi favorables que les membres des autres professions.
Pour nous, il s’agit d’un problème de vie. Nous ne défendons pas le Muscadet ou le Gros-Plant, le lait ou le blé, mais les gens qui en vivent. »
Sa conception de la responsabilité et de la formation des hommes
« Il ne faut plus choisir des responsables parce qu’ils ont du temps mais parce qu’ils sont compétents. Il faut absolument que nous procurions aux personnes compétentes le temps qui leur manque. Nous avons besoin :
- d’hommes DEVOUES car accepter une charge ça ne rapporte pas.
- d’hommes COMPETENTS car il ne faut pas que ça coule, il faut que ça marche.
- d’hommes CAPABLES de travailler en équipe car un homme seul ne peut voir qu’une partie des choses.
- d’hommes de SYNTHESE pour harmoniser toutes les initiatives et les intégrer dans une évolution d’ensemble de la société. »

Archives Le Paysan Nantais – Centre d’Histoire du travail de Nantes
L’organisation des syndicats à la base
« Combien de syndicats locaux et de représentants jeunes dans ceux-ci se sont posés la question au point de rechercher l’évolution de chaque exploitant. Ne doit-on pas tenter de discerner ce qui est nécessaire à chaque personne pour lui permettre d’avoir une chance égale dans la vie ? Ne doit-on pas faire preuve d’idées nouvelles pour la marche des syndicats ?
Les structures locales et cantonales ne doivent-elles pas tout naturellement être le lien entre les C.U.M.A., C.E.T.A., Groupement de Vulgarisation etc. qui cohabitent dans la même Région ?
Est-ce que cela ne contribuerait pas à faire profiter les uns aux autres, à comparer les méthodes, à élargir les perspectives des hommes et aussi à trouver les solutions qui conviennent pour adapter nos exploitations au progrès qui peut tout aussi bien être notre libérateur que destructeur.
Chaque organisation, chaque service a un but précis et limité. Chaque responsable doit donc connaître les limites de sa propre institution et doit concevoir que la fonction du syndicalisme est primordiale et essentielle. En outre il doit penser que l’apport de son organisation au syndicalisme est indispensable ».
Les rapports entre syndicalisme et politique
« Lorsque nous prononçons le mot politique ce n’est pas pour en voir seulement l’aspect superficiel. Il ne s’agit pas dans notre esprit d’une cuisine plus ou moins électorale et démagogique. Il a pour nous « sens de gérer le bien commun ».
La politique, si l’on y réfléchit bien, ça revient toujours à la question de savoir comment les moyens de production et de consommation vont être distribués parmi les hommes. Si le syndicalisme ne se préoccupe pas de la manière de partager, il sera toujours perdant.
C’est de la politique, oui certainement mais nous l’avons que deux solutions : faire de grands discours pour avoir quelques miettes ou faire de la politique pour avoir la part du revenu national qui nous est due et que nous ne pouvons acquérir…
Il ne suffit pas de dire que la répartition du revenu doit être plus équitable qu’elle ne l’est, encore faut-il que par l’enseignement, par le crédit, par l’orientation générale de l’économie, on donne effectivement et pratiquement à tout homme la possibilité d’accéder à une vie meilleure. »
Le problème angoissant de la faim dans le monde
« Notre avenir est déjà plus vaste que le Marché Commun et il est urgent et essentiel de prévoir dès maintenant une organisation internationale des marchés.
Nous considérons avoir le devoir de dénoncer ici le scandale de la coexistence dans le monde de la surproduction et de la faim. Que ce problème ne soit pas facile à résoudre, nous le savons mais il existe partout des personnalités responsables dans le domaine politique et ailleurs qui tirent de leur place d’honneur et profite sans la concevoir comme un service dont dépend la vie des hommes.
Toute production doit avoir une fin et une utilité sociale.
Il ne suffit pas que nous produisions, il faut encore que la destination de cette production soit la meilleure qui puisse être. Il est donc nécessaire que la production mondiale soit organisée de même que la commercialisation. Les différences d’options et les luttes d’influence feraient simplement sourire si nous ne pensions qu’en fin de compte des hommes risquent de mourir de faim parce que nous n’avons pas réussi à faire quelque chose. »

En octobre 1963, Auguste est élu pour la région Ouest, administrateur du Centre National des Jeunes Agriculteurs. Viticulteur, il organisera le Groupe Vins du C.N.J.A. animera la première session nationale de ce groupe. En 1964, atteint par la limite d’âge, il laissait le C.D.I.A. et le C.N.J.A. Ne disait-il pas : « il ne faut pas rester trop longtemps dans une responsabilité, il faut que tous puissent participer ».
Déjà, à la fin de l’année 1962, Auguste n’hésitait pas à faire part de sa fatigue à l’animateur départemental du CDJA d’alors, Médard Lebot, devant la succession de réunions auxquelles il était sollicité.



Nommé en novembre 1964, membre de I.V.C.C. (Institut des Vins de Consommation Courante) Auguste représentera à ce titre les viticulteurs du Centre Ouest.
Auguste participe régulièrement aux travaux de l’IVCC, préparant ses interventions, comme celle-ci de juin 1965 à la demande du président de l’Institut sur « la viticulture et l’adaptation future au marché ».
Petit extrait des propos d’Auguste dans son style « poil à gratter » … écrit de sa main avec son Bic vert de prédilection.
Cet engagement à l’IVCC et l’ouverture qu’il proposait alors, permettra à Auguste d’expérimenter de nouvelles pratiques viticoles. Par exemple, il a été le premier viticulteur nantais à introduire une parcelle de vigne de type alsacienne avec un palissage haut de 1m80 et de larges passe-pieds pour faciliter le mûrissement, le suivi et l’entretien de la vigne. C’était du Grolleau rouge au lieu-dit L’Ecusson….
Même si cet essai a pu susciter des curiosités, on ne peut pas dire qu’il a été ensuite imité dans le vignoble nantais. La tradition locale est plutôt de cultiver le muscadet sur des vignes basses et d’intervenir dans la vigne avec des tracteurs enjambeurs.


L’étiquette et une « fillette » de Muscadet retrouvée et conservée…







