1957.
Avec le bulletin paroissial, les habitants de Saint-Julien-de-Concelles peuvent consulter le petit magazine appelé « Zig-Zag ». En janvier 1957 sort le deuxième numéro de cette publication locale. Comme dans d’autres communes du département il s’agit de constituer un lien avec les appelés du service militaire en particulier ceux qui sont envoyés en Algérie.

Jacques BOURDIN, l’un des témoins de l’époque nous en parle :
« Ce projet est parti d’un petit groupe de la JAC de la commune. Quelques jeunes de 19-20 ans prennent l’initiative d’être les rédacteurs de cette publication comme Maurice LEFEUVRE, Albert Charpentier et Michel PRÉAUDEAU mais aussi quelques filles de de JACF locale, Maryvonne LEFEUVRE. Mado PRAUD, Marie-Thérèse BOURDIN.
Le comité de rédaction se réunit régulièrement autour de Manuel BONNET, l’aumônier concellois. Ceux-ci collectent les témoignages, reçoivent les courriers des appelés, relatent les moments de la vie communale, les petits ragots… !
Une fois les articles sélectionnés, ceux-ci étaient frappés à la machine à écrire de la cure, puis le bulletin paraissait ensuite environ tous les deux mois »
« Zig zag » c’est effectivement d’abord l’expression des appelés que cherchent à capter les rédacteurs qu’ils soient affectés sur le territoire national ou à l’étranger et particulièrement en Algérie.
Mais le magazine sert avant tout de lien fort avec les appelés en Afrique du Nord.

Cette publication se fait aussi l’écho de l’actualité concelloise et fait la part belle à l’actualité sportive grâce à Albert Charpentier, reporter du village du Gressin.
« Zig Zag » relate également aussi l’actualité culturelle locale et pointe le passage au cinémascope de la salle de patronage concelloise en décembre 1956.
Les rédacteurs n’oublient pas de relater des petits moments de la vie communale… non sans une certaine note d’humour.
Ce numéro 2 salue également les conscrits de la classe 1952 ou 1953 qui ont terminé leur service de deux années.
Certains appelés en Algérie témoignent même lors de leur permission…
… car en décembre 1956, certains appelés sont revenus au pays !
Jacques Bourdin est de ceux-là. Il témoigne : « J’ai débuté mon service militaire en septembre 1956. De ce fait et à mon grand regret je n’ai pas pu aller au mariage d’Auguste et Juliette (voir récit précédent). J’ai fait mes classes d’abord à Dinan pendant les premiers mois puis j’ai été envoyé en Algérie dans l’Oranais. Nous étions dans un univers culturel et moral très différent du nôtre. On ne comprenait pas vraiment ce maintien de l’ordre en Algérie, ce climat politique lourd car la société était encore marquée par la dernière guerre mondiale. Engagé dans les renseignements j’ai assisté à des spectacles affligeants avec la population civile locale… Comme ceux de la classe 54 partis pour 18 mois, notre service a duré finalement 24 mois… »
« Auguste Hivert, grand lecteur du magazine « Témoignage Chrétien », avait lui un regard plus critique et nous ouvrait les yeux sur cette guerre coloniale aberrante » rapporte de son côté André Têtedoie, ami d’Auguste.
En effet le 15 février 1957, Témoignage Chrétien publie son trente-huitième « Cahier du Témoignage chrétien » intitulé : Le dossier Jean Muller, de la pacification à la répression ». Il s’agit d’extraits de lettres écrites par un jeune appelé, Jean Muller, ancien chef scout et militant de l’AJCF, mort dans une embuscade en Algérie le 27 octobre 1956. Les lettres qu’il a adressées à ses amis révèlent à beaucoup de lecteurs l’emploi systématique de la torture en Algérie.

Ainsi, après avoir décrit les divers procédés de torture employés couramment, Jean Muller écrit : « Nous sommes loin de la pacification pour laquelle nous avions été appelés. Nous sommes désespérés de voir jusqu’à quel point peut s’abaisser la nature humaine et de voir des Français employer des procédés qui relèvent de la barbarie nazie. […] Au camp, nous avons créé un groupe de chrétiens (catholiques) et nous réfléchissons sur les événements qui nous préoccupent. Nous agissons dans la compagnie pour que soient affirmées la justice, la vérité, la charité fraternelle et que, dans toute la mesure du possible, elles soient appliquées. Il faut avouer que ce sont les chrétiens qui sont au noyau de cette affaire. Je te préviens que si tu veux faire respecter la justice ou être charitable envers les plus déshérités, envers les Arabes, on te cherchera des histoires[1] ».
[1] Paroles de soldats en guerre d’Algérie par Patrick Eveno – Le temps des médias







