1945.
Nous sommes le 2 avril 1945, un lundi de Pâques. A l’occasion des fêtes de Pâques, Pierre PÉTARD et son frère aîné Armand sont revenus à la maison familiale du village de la Saulzaie à La Chapelle Basse-mer.
Marie, la sœur d’Armand nous raconte cette triste journée qui marquera à jamais la famille.
« Le jour de Pâques 1945 nous étions tous réunis, nous les enfants de Germaine et Jean-Marie PÉTARD.
« En Loire les ponts de Mauves avaient été détruits par les Allemands en 1944 ».

« Il fallait prendre le bac mais le plus souvent aussi les barques des passeurs au village de la Pinsonnière côté La Chapelle car le bac ne fonctionnait pas en permanence. »
« Le matin même Jean, mon frère, était parti par le bac du matin se promener avec des amis sur les coteaux de Mauves. Ce lundi de Pâques, Armand était avec son frère Pierre à servir la messe d’un cousin, Louis Bureau, qui était le neveu de notre mère Germaine et qui venait d’être ordonné prêtre ».
« Après la messe, Pierre et Armand ont pris un passeur de Loire pour regagner Nantes. Ils étaient 13 dans la barque avec 6 vélos. Il y avait beaucoup de jeunes gens. Le bateau a chaviré et tous sont tombés à l’eau. Ils ont été secourus très vite par Christian Babin et André Rigaud mécanicien à Mauves, mais il était trop tard pour certains… »
« Pierre était persuadé de pouvoir sauver son frère Armand qui ne savait pas nager mais il n’a pas réussi. Son corps a coulé dans la Loire alors que Pierre a sauvé bien d’autres personnes.
Jean notre frère et Jean-Marie notre père ont sillonné la Loire avec l’aide de mariniers ce même jour et les suivants pour retrouver le corps d’Armand. Son corps a été finalement retrouvé, mais 11 jours plus tard ».
« L’autre noyé était le fils, âgé de 19 ans, d’un fourreur de Nantes. Avec son père ils étaient tous les deux sur le bateau. Ils venaient d’une maison à la Pinsonnière. Ils portaient dans leur sac à dos des peaux de bêtes, ce qui alourdissait leur charge ». (voir article ci- après).
« Cette photo de nous, jeunes, qui était exposée en grand format dans le salon de nos parents, je ne l’aime pas car c’est un montage de photos refait après le décès d’Armand ».
Armand, élève du petit séminaire
Le certificat d’études en poche, Armand intègre dès ses 14 ans le petit séminaire de Guérande. Il y restera 3 ans. En juin 1942, il écrit une longue lettre à Clément et Gabrielle HIVERT, ses oncle et tante de la Guilbaudière.
Alors que la Wehrmacht réquisitionne et occupe les trois-quarts des locaux du petit séminaire de Guérande obligeant la plupart des séminaristes à revenir sur Nantes, Armand rentre pour ces années de terminale à l’Ecole N-D de l’Abbaye de Chantenay pour y passer son bac.
A 19 ans, à l’automne 1944, Armand débute ses premières années de séminariste dites de philosophie au petit séminaire des Couëts.
Roland HUGSTED, l’autre jeune disparu
Le journaliste de « L’avenir de L’Ouest » daté du 3 avril 1945 évoque l’autre disparu en Loire : « Rolland USTED de 19 ans, le fils d’un fourreur de Nantes bien connu de la rue d’Orléans ».
Une recherche généalogique approfondie nous a permis d’en savoir plus sur ce jeune homme. Il s’agit en fait de Roland HUGSTED. Il est bien le fils d’un fourreur dont la boutique est installée non pas rue d’Orléans mais quai d’Orléans à Nantes.
Son père Trygve HUGSTED est né en Norvège à Oslo, ( dénommée alors Kristiania ), en 1891 comme le rapporte le document de recensement joint.
Maud, la fille de Trygve HUGSTED et sœur de Roland, nous a raconté le parcours de son père jusqu’en France. « Mon papa très jeune a été orphelin de mère. Son père lui a appris le métier de fourreur. La vie étant très rude là-bas, il est donc parti de chez lui à 18 ans. Il a sillonné l’Europe du Nord en passant par la Hollande puis il a poursuivi sa route en Belgique et en Allemagne. Il a galéré ! Il vivait de son métier de fourreur au gré de ses déplacements car c’est un métier saisonnier. On n’y travaille que 6 mois de l’année surtout pendant la période d’hiver !».
« Il est arrivé en France dans les années 1920 et s’est d’abord rendu à Pau puis à Tours Saint-Symphorien… »

il évoque son passage dans cette célèbre maison parisienne.
« Il a dû ensuite venir à Nantes et y rencontrer maman qui était mécanicienne en fourrure. Mes parents se sont mariés en 1925 ».
Roland naît l’année suivante et le couple s’installe au 1 quai Cassard face à la jonction de la Loire et de l’Erdre.


L’activité fonctionne bien et les parents de Roland s’installent en 1933 dans un plus vaste magasin à 200 m du précédent atelier, quai d’Orléans, là où naîtra leur fille Maud en 1935.

Roland épouse la profession de son père et rentre après le certificat d’études à l’âge de 15 ans à la section commerciale de l’école LELOUP-BOUHIER à Nantes.

La Loire a emporté Roland dans sa 19ème année le 2 avril 1945. Maud évoque ce triste jour : « Mon père a été rescapé. Contrairement à mon frère, il a réussi à rejoindre les rives de Mauves à la nage ! Des gens de la commune lui ont donné des vêtements secs et un vélo. Il est rentré à Nantes seul pour annoncer la terrible nouvelle à ma mère ».
Le fleuve n’a rendu le corps de Roland que 20 jours après.
« Comme pour les proches d’Armand je suppose, notre vie ce jour-là a basculé… la disparition de Roland a causé une peine irrémédiable dans notre famille » ajoute Maud.
Paule et Trygve HUGSTED ont eu une longue vie. Paule est décédée a 106 ans. En 2014 la presse nous apprend que son mari Trygve aurait 122 ans.
Vérification faite, Trygve HUGSTED est bien décédé à Orvault mais à l’âge de 79 ans. Naturalisé en 1947, il s’est bien inscrit en 1953 sur les listes électorales nantaises…
… mais a été radié des listes électorales d’Orvault seulement en 2015 comme le rapporte le journaliste du journal Presse-Océan qui le fait naitre… en Algérie, pour un homme qui a vu le jour dans le Nord de l’Europe !
Merci à Marie et à Maud pour leur témoignage.















